Le blog du passé

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lundi 04 mai

Grincements de dents - Si je tenais celui/celle qui a écrit cette stupidité....

Authentique extrait d’un manuel scolaire catholique
d’ÉCONOMIE DOMESTIQUE POUR LES FEMMES,
publié en 1960

tv4d23kiFaites en sorte que le souper soit prêt (car ne comptez pas qu'il vous emmène au resto, il est trop fatigué, pôvre faible petit homme)
Préparez les choses à l’avance, le soir précédent s’il le faut, afin qu’un délicieux repas l’attende à son retour du travail. (là j'ai un petit problème ! s'il rentre tous les soirs, il faut quand même faire un repas de la veille ?????) C’est une façon de lui faire savoir que vous avez pensé à lui et vous souciez de ses besoins. La plupart des hommes ont faim lorsqu’ils rentrent à la maison et la perspective d’un bon repas (particulièrement leur plat favori) fait partie de la nécessaire chaleur d’un accueil. (son plat favori tous les jours ? je doute qu'il reste favori longtemps)
Soyez prête
Prenez quinze minutes pour vous reposer afin d’être détendue lorsqu’il rentre. Retouchez votre maquillage, mettez un ruban dans vos cheveux (déguisez-vous en oeuf de pâques ça fera très gai) et soyez fraîche et avenante. Il a passé la journée en compagnie de gens surchargés de soucis et de travail. (il rentre traumatisé et épuisé. Comprenez-le) Soyez enjouée et un peu plus intéressante que ces derniers. Sa dure journée a besoin d’être égayée et c’est un de vos devoirs de faire en sorte qu’elle le soit. (regardez-le comme un sapin de noël, avec un sourire stupide et des yeux émerveillés de carpe mourante, devrait faire l'affaire)
Rangez le désordre
Faites un dernier tour des principales pièces de la maison juste avant que votre mari ne rentre. Rassemblez les livres scolaires, les jouets, les papiers, etc. et passez ensuite un coup de chiffons à poussière sur les tables. (doucement quand même avec le chiffon, il est sûrement allergique à la poussière)
Pendant les mois les plus froids de l’année
Il vous faura préparer et allumer le feu dans la cheminée, auprès duquel il puisse se détendre. (comme vous ne pouvez pas avoir de chien ; cela dérangerait "monsieur" apportez ces pantoufles, que vous aurez au préalable réchauffées près du feu) Votre mari aura le sentiment d’avoir atteint un havre de repos et d’ordre et cela vous rendra également heureuse. (folle de joie me semblerait plus appropriée, non ?) En définitive veiller à son confort vous procurera une immense satisfaction personnelle. (mouais)
Réduisez tous les bruits au minimum
Au moment de son arrivée, éliminez tout bruit de machine à laver, séchoir à linge ou aspirateur. Essayez d’encourager les enfants à être calmes. (et au pire, baillonnez-les et suspendez-les au plafond) Soyez heureuse de le voir. Accueillez-le avec un chaleureux sourire et montrez de la sincérité dans votre désir de lui plaire. (une révérence élégante pourrait être la bienvenue et faire plaisir à votre homme et maître)
Écoutez-le
Il se peut que vous ayez une douzaine de choses importantes à lui dire, mais son arrivée à la maison n’est pas le moment opportun. Laissez-le parler d’abord, souvenez-vous que ses sujets de conversation sont plus importants que les vôtres. (n'oubliez pas, vous êtes une femme donc stupide et si en plus vous êtes blonde, je vous en cause pas !) Faîtes en sorte que la soirée lui appartienne. (en réfléchissant un peu, toutes les soirées sont à lui du 1er janvier au 31 décembre)
Ne vous plaignez jamais s’il rentre tard à la maison
Ou sort pour dîner ou pour aller dans d’autres lieux de divertissement sans vous. Au contraire, essayez de faire en sorte que votre foyer soit un havre de paix, d’ordre et de tranquilité où votre mari puisse détendre son corps et son esprit. (ben voyons ; c'est commode ça !)
Ne l’accueillez pas avec vos plaintes et vos problèmesNe vous plaignez pas s’il est en retard à la maison pour le souper ou même s’il reste dehors toute la nuit. Considérez cela comme mineur, (essayez donc de faire la même chose, juste pour voir si l'évènement sera mineur) comparé à ce qu’il a pu endurer pendant la journée. Installez-le confortablement. Proposez-lui de se détendre dans une chaise confortable ou d’aller s’étendre dans la chambre à coucher. Préparez lui une boisson fraîche ou chaude. Arrangez l’oreiller et proposez-lui d’enlever ses souliers. Parlez d’une voix douce, apaisante et plaisante. (j't'en ficherai moi ! Vive le bon vieux rouleau à patisserie) Ne lui posez pas de questions sur ce qu’il a fait et ne remettez jamais en cause son jugement ou son intégrité. Souvenez-vous qu’il est le maître du foyer et qu’en tant que tel, il exercera toujours sa volonté avec justice et honnêteté. (cela reste à prouver)
Lorsqu’il a fini de souper, débarrassez la table et faites rapidement la vaisselle
Si votre mari se propose de vous aider, déclinez son offre car il risquerait (de se fouler un poignet) de se sentir obligé de la répéter par la suite et après une longue journée de labeur, il n’a nul besoin de travail supplémentaire. (petite chose fragile) Encourager votre mari à se livrer à ses passe-temps favoris et à se consacrer à ses centres d’intérêt et montrez-vous intéressée sans toutefois donner l’impression d’empiéter sur son domaine. (on sait jamais vous pourriez être meilleure que lui) Si vous avez des petits passetemps vous-même, faites en sorte de ne pas l’ennuyer en lui parlant, car les centres d’intérêts des femmes sont souvent assez insignifiants (rappelez-vous, vous êtes une femme donc = zéro) comparés à ceux des hommes.
A la fin de la soirée
Rangez la maison afin qu’elle soit prête pour le lendemain matin et pensez à préparer son petit déjeuner à l’avance. Le petit déjeuner de votre mari est essentiel s’il doit faire face au monde extérieur de manière positive. Une fois que vous êtes tous les deux retirés dans la chambre à coucher, préparez-vous à vous mettre au lit aussi promptement que possible.
Bien que l’hygiène féminine
soit d’une grande importance, votre mari fatigué, ne saurait faire la queue devant la salle de bain, comme il aurait à le faire pour prendre son train.(bien sûr, cela va de soit, pas deux énervements dans la même journée) Cependant, assurez-vous d’être à votre meilleur avantage en allant vous coucher. Essayez d’avoir une apparence qui soit avenante sans être aguicheuse.
Si vous devez vous appliquer de la crème pour le visage ou mettre des bigoudis, attendez son sommeil, car cela pourrait le choquer de s’endormir sur un tel spectacle.
(c'est vrai quoi ; il pourrait faire des cauchemars)
En ce qui concerne les relations intimes avec votre mari
Il est important de vous rappeler vos voeux de mariage et en particulier votre obligation de lui obéir. (oui TRES important, on ne le dira jamais assez) S’il estime qu’il a besoin de dormir immédiatement, qu’il en soit ainsi.(peut-être lui sussurer une berceuse) En toute chose, soyez guidée par les désirs de votre mari et ne faites en aucune façon pression sur lui pour provoquer ou stimuler une relation intime. (pauvre chouchou, ça pourrait le choquer autant que les bigoudis !)
Si votre mari suggère l’accouplement, acceptez alors avec humilité tout en gardant à l’esprit que le plaisir d’un homme est plus important que celui d’une femme, (ben voyons !) lorsqu’il atteint l’orgasme, un petit gémissement de votre part l’encouragera et sera tout à fait suffisant pour indiquer toute forme de plaisir que vous ayez pu avoir.
(genre de gémissement : ouf ! et une grande expiration de soulagement devrait faire l'affaire)
Si votre mari suggère une quelconque des pratiques moins courantes
Montrez-vous obéissante et résignée, mais indiquez votre éventuel manque d’enthousiasme en gardant le silence. Il est probable que votre mari s’endormira alors rapidement ; ajustez vos vêtements, rafraîchissez-vous et appliquez votre crème de nuit et vos produits de soin pour les cheveux. (faites-le la lumière éteinte, car cela pourrait déranger ce charmant mari)
Vous pouvez alors remonter le réveil
Afin d’être debout peu de temps avant lui le matin.(n'oubliez pas d'enlever vos bigoudis, cela pourrait le choquer, pensez-donc !) Cela vous permettra de tenir sa tasse de thé du matin à sa disposition lorsqu’il se réveillera. (vous pouvez aussi lui servir le bouillon de onze heures !)

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dimanche 16 novembre

Le toast

eugenieLe toast, sans lequel nul bon dîner ne se termine, est une coutume qui remonte à la plus haute antiquité. Les Égyptiens, les Assyriens, les Hébreux et les Perses se plaisaient à l'observer. Chez les Grecs et chez les Romains, c'était une cérémonie consacrée par la religion, par l'amitié, par la reconnaissance, par l'estime, par l'admiration, etc., en l'honneur des dieux, des personnes chéries, des magistrats, des hommes célèbres et des évènements glorieux. A Rome, cette cérémonie commençait ordinairement par l'invocation de Jupiter Sospitator et de la déesse Hygie, pour laquelle on vidait des coupes appelées pocula bonae salutis (coupes de la bonne santé. Ensuite venait le tour des convives. Celui qui voulait en saluer un autre lui disait avant de boire : Propino tibi ou bene te (je bois à toi le premier) ; on entendait par là que la personne à l'intention de laquelle on vidait sa coupe usât de réciprocité ce que le poète français Parny a exprimé dans ces vers :

Le vin ne tourne à ma santé
Qu'autant que je bois moi-même.

Les anciens Danois employaient dans leurs festins solennels diverses coupes, dont chacune était affectée à un usage spécial et était nommée conformément à cet usage.
Ils avaient la coupe des dieux, qu'ils prenaient pour demander des grâces au ciel ou pour souhaiter un règne heureux à un prince ; la coupe consacrée à Brag, dieu de l'éloquence et de la poésie, ou le Brag-ArbottBrag-Arbott, qu'ils réservaient toujours pour la bonne bouche ; et la coupe de mémoire, dont ils ne se servaient qu'aux funérailles des rois. L'héritier de la couronne restait assis sur un banc, en face du trône, jusqu'à ce qu'on lui eût présenté cette coupe de mémoire, et, après l'avoir bue, il montait sur le trône. C'était une espèce de sacre par la boisson.paysdoc
Au moyen-âge, en France, on alla jusqu'à boire en l'honneur des bienheureux du paradis ; on appelait boire aux anges cette coutume, qui devint une telle source d'ivrognerie que divers conciles la condamnèrent, et que Charlemagne la prohiba par un article des Capitulaires.
En ce temps-là, on fêtait de la même manière les anniversaires des personnes qui avaient laissé quelque legs, en mettant à sec de grandes bouteilles appelées pocula charitatis (coupes de charité), dans une assemblée gastronomique dénommée charitas vini (charité du vin), ou consolatio vini (consolation du vin). C'est dans cette assemblée qu'on portait la santé du testateur décédé en s'écriant : Vive le mort !
Les Flamands instituèrent un grand nombre de ces charités drolatiques.
C'était une croyance superstitieuse que les morts étaient réjouis par ces libations.
Il serait un peu fastidieux de suivre l'histoire du toast jusque dans les temps modernes : on sait assez quel rôle important cette vieille coutume joue encore aujourd'hui.
Ce qui ressort le plus nettement de cette rapide revue, c'est qu'à toute époque, les hommes ont saisi avec empressement toute bonne occasion de boire.

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lundi 10 novembre

Bonnetière, crédence, cabinet...

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vendredi 31 octobre

Notre Pain Quotidien

4406On attribue l'invention du pain à Ménès, premier roi d'Egypte. De l'Egypte, le secret de cette fabrication se répandit en Grèce, et il fut introduit en Gaule par les Phocéens qui vinrent fonder Marseille.
Chez les Romains, le pain de froment était réservé aux bons citoyens ; aux condamnés, et aux soldats qui s'étaient mal comportés devant l'ennemi, on faisait manger du pain d'orge, aliment ordinairement réservé aux bêtes ; ce châtiment, nous assure Tite-Live, était également celui qu'on réservait aux membres des cohortes qui perdaient leur étendard.
Ceux qui fabriquaient le pain s'appelèrent d'abord "talmeliers", parce qu'ils se servaient d'un "talmis à bluter", et, dans d'autres régions, "fourniers". Puis, on leur donna le nom de "boulengiers", pour cette raison que leurs produits étaient en forme de boules.

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mardi 30 septembre

Tarte alsacienne

C'est une tarte contenant des pommes incluses dans une crème liquide se solidifiant à la cuisson.

Voici comment vous la ferez :
1° Préparez une pâte brisée avec 160 gr. de farine, 60 gr. de beurre, un peu de sel et assez d'eau pour obtenir une pâte ne collant pas aux doigts. Abaissez-la au rouleau jusqu'à épaisseur de 3 millimètres. Garnissez-en un moule à tarte bien beurrée.
2° Epluchez quelques pommes. Evidez-les. Coupez-les chacunes en huit morceaux. Dispersez ceux-ci sur la pâte de la tourtière de façon à couvrir toute la surface.
3° Préparez une crème liquide avec un oeuf, une forte cuillerée à soupe de farine, deux verres de lait, une cuillerée à soupe de crème, 120 gr. de sucre en poudre. Battez le tout ensemble. Versez sur les pommes.
4° Mettez à four chaud vingt-cinq à trente minutes. Défournez. Laissez refroidir. Démoulez. Saupoudrez de sucre. Avant de servir, arrosez avec un peu de kirsch.

Edouard de POMIANE - 1954 -

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vendredi 20 juin

L'omelette du Roi d'Espagne

Le jeune roi Alphonse XIII n'est pas seulement intrépide automobiliste, un tireur des plus adroits, c'est encoreomelette un... gastronome. Et il met à profit un certain escalier dérobé du palais pour pénétrer aux cuisines, où il lui arrive de conférer avec son chef, un Catalan.
"Qu'allez-vous me faire manger, aujourd'hui ? demande-t-il.
Et si le menu ne lui convient pas absolument, il y apporte quelques modifications.
Un jour, il dit au cuisinier :
"J'ai une idée. Vous allez me faire une omelette de telle et telle façon. Est-ce que ce ne sera pas bon ?
- Cela ne saurait être mauvais, sire, répondit le Catalan ; mais voilà, c'est un plat tout nouveau, et le plat n'aura pas de nom.
- Belle affaire ! reprit en riant Alphonse XIII ; nous l'appellerons "Alphonsine".
Et l'on dit que l'Alphonsinel'Alphonsine, dont malheureusement la recette ne nous est pas parvenue, est tout simplement délicieuse.

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jeudi 10 janvier

L'heure du dîner

La mode, cette capricieuse souveraine, n'exerce pas seulement sa tyrannie sur la coupe et la forme de nos vêtements qu'elle modifie incessamment. Elle règne de plus sur tous nos usages et s'applique sans cesse à les transformer. L'heure du dîner, c'est-à-dire le moment où nous nous mettons à table pour le principal repas de la journée en offre un exemple frappant.
Nos ancêtres dînaient à dix heures du matin, et cet usage se maintint jusqu'au quinzième siècle.
Au siècle suivant, on recula le dîner jusqu'à onze heures. L'auteur d'un traité latin sur l'art de conserver la santé, publié en 1568, se plaint de ce retard et rappelle l'ancien proverbe qui se conserve encore dans les campagne avec quelques variantes :
Lever à six, dîner à dix
Souper à six, coucher à dix
Fait vivre l'homme dix fois dix.
Un passage des satires de Régnier indique qu'au commencement du dix-septième siècle, le dîner, même à la cour, était terminé à midi. Il parle d'un valet qui jure à son maître :
...... Qu'il est midi sonné
Et qu'au logis du roi tout le monde a dîné.
Dans la seconde moité du dix-huitième siècle on recula l'heure du dîner et on la fixa à midi. Cet usage s'observe encore aujourd'hui dans les collèges, communautés et maisons religieuses, et aussi dans nombre de nos provinces.
Boileau, dans sa satire du Repas publiée en 1667, dit en parlant de son empressement à se rendre au dîner :
J'y cours, midi sonnant, au sortir de la messe.
Les courtisans, qui assistaient à midi au dîner du roi, ne dînaient eux-mêmes qu'à une heure. Les lettres de Mme de Sévigné prouvent que cet usage ne s'établit pas sans peine. "Je dînais avant-hier chez M. de Chaulnes, écrit-elle en 1671 ; je vis un homme au bout de la chambre, que je crus être le maître d'hôtel. J'allai à lui dire et lui dis : "Mon pauvre monsieur, faites-nous à dîner, il est une heure, je meurs de faim."
Les gens du palais prirent aussi l'habitude, à la fin du dix-septième siècle, de retarder l'heure de leur dîner, et Furetière, qui écrivait vers cette époque, dit qu'ils dînaient à deux heures.
Au commencement du dix-huitième, le dîner avait encore généralement lieu à une heure.
"La paresse et la toilette des dames, dit le Grand d'Aussy, le firent retarder jusqu'à deux heures. Cet usage subsistait dans un  certain nombre, il y a une trentaine d'années, ajoute cet auteur dont l'ouvrage parut en 1782 ; mais aussi c'était le retard le plus considérable que l'on connût ; actuellement, c'est une diligence infiniment rare. Presque partout il est près de trois heures, et en beaucoup d'endroits même il en est près de quatre quand on dîne."
Au commencement de ce siècle, quatre heures était l'heure généralement adoptée pour le dîner. Puis on le retarda successivement jusqu'à cinq heures et même six heures.
"Cette dernière heure, dit M. de Chéruel, à qui nous empruntons ces détails et qui écrivait sur ce sujet il y a une quinzaine d'années, cette dernière heure est généralement adopté aujourd'hui dans les grandes villes."
Six heures ! La mode a marché depuis ce temps et aujourd'hui, en l'an de grâce 1882, ce sont les gens pressés qui dînent à six heures et demie ; l'heure habituelle est sept heures , mais, grâce au bon ton, qui exige que tout le monde arrive le dernier, il est rare qu'un dîner de cérémonie s'ouvre avant sept heures et demie, et parfois huit heures.
Si cette progression constante se continue, dans dix ans on dînera à neuf heures et nos petits-enfants à dix.
Un jour viendra où le dîner ira rejoindre le souper dont l'heure se perd maintenant dans la nuit ou parfois même, dans les bals, précède l'aube. Il est probable qu'alors le déjeuner aura avancé en grade et qu'on ne déjeunera plus qu'à six ou sept heures du soir, quitte à inventer un autre nom pour le premier repas de la journée, à moins de lui rendre le nom de souper. Dans quelques siècles, marchant toujours et faisant le tour du cadran, les heures des repas auront reconquis leur place primitive.

H. NORVAL

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dimanche 06 janvier

La galette des rois

l6nnp30hJe suis né de médiocre famille bourgeoise, dans une humble petite ville de la Beauce. Ma mère avait été élevée dans un ménage où l'on cuisait le pain de la maison, car il n'y avait point de boulanger encore dans la localité. Aucun des secrets de la pâte ne lui était inconnu, et c'était, en fait de galettes, un véritable cordon-bleu. Je la vois encore pétrissant de ses mains la pâte, la tournant et la retournant ; puis quand ce bloc était à point, elle pressait son rouleau qu'elle appuyait sur cette masse informe, qui s'étendait et s'élargissait en une vaste plaquette. Ma joie, mon orgueil, c'était de m'emparer du rouleau et de le promener à mon tour sur ce morceau de pâte qui s'égalisait comme un morceau de macadam. Il se formait aux extrémités des bavures que l'on me permettait de couper, et que je portais moi-même au four, comptant bien ne manger que les bribes cuites par moi et à mon intention.
Cette galette, je ne puis me la rappeler sans que l'eau m'en vienne à la bouche, et je n'en ait retrouvé l'équivalent nulle par. C'était une pâte serrée, compacte et ferme, d'un goût exquis. Quand on l'ouvrait, on pouvait en détacher une lame assez mince, comme dans les galettes feuilletées d'aujourd'hui ; ce n'était pourtant pas de la galette feuilletée. Elle faisait masse quand on la mangeait ; elle cédait tout entière sous la dent et parfumait la bouche d'une bonne odeur de pâte chaude ; une pâte de farine de froment mêlée de beurre tout frais et parfaitement loyal. C'était un mets des dieux !
Je sais bien ce que vous allez me dire : que j'avais huit ou  dix ans en ce temps-là, que je trouvais tout merveilleux, que si l'on me servait sur ma table la même galette à cette heure je ferais la grimace et déclarerais que c'est un régal de paysan... Eh bien ! non, je ne le crois pas. Je reste convaincu que la galette fabriquée par la maîtresse de maison, avec des ingrédients qu'elle a choisis elle-même, cuite à un feu qu'elle a surveillé, une galette où elle a mis ses soins et son amour, oui, je reste convaincu que cette galette-là est plus saine et de meilleur goût que les galettes des célèbres pâtissiers.

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samedi 10 novembre

L'entretien du linge en 1907

Le moment des vacances, en créant des loisirs, permet aux maîtresses de maison, aussi bien qu'aux jeunes filles, d'entreprendre des travaux de longue haleine, et c'est pourquoi tant de femmes consacrent cette période, les unes à l'entretien et au renouveau du linge de leur maison, les autres à la confection de leur trousseau.
Nous sommes loin, aujourd'hui, de la profusion de linge qui encombrait les armoires de nos grand'mères, et cette coutume, assez peu justifiée, de ne faire qu'une ou deux grandes lessives par an, tend aussi à disparaître, même des pays les plus attachés à leurs coutumes. Le linge, au lieu d'être une sorte de capital immobilisé et destiné à servir plusieurs générations, n'est plus qu'un approvisionnement limité aux besoins du moment et que l'on entretien "à niveau", en en remplaçant une partie au fur et à mesure des vides qui se produisent.
Cela ne veut pas dire, toutefois, que l'on doive négliger ce chapitre fort important de la bonne réorganisation d'une maison et il n'est pas nécessaire de posséder une grande abondance de linge, il faut se rattraper, autant que possible, sur la qualité et faire en sorte de ne garnir ses armoires que de belles et bonnes choses.
L'acquisition et le choix des draps ne se feront pas sans réflexion. La toile de fil est toujours la plus en faveur, mais le discrédit qui s'attachait naguère au linge de coton va en s'affaiblissant. Des draps de coton n'ont ni l'élégance ni l'agrément des draps de fil, mais ils sont d'une grande solidité et d'un prix bien inférieur à celui de ces derniers. Une maîtresse de maison dont le budget est limité n'aura donc pas tort d'en faire usage ; si sa famille est nombreuse, elle y trouvera une grande économie.
Les draps pour l'emploi courant se feront très simples, afin de ne pas augmenter les dépenses de blanchissage et de repassage.
Les draps les plus élégants seront garnis soit d'un ourlet à jour, soit d'un bord festonné, soit, enfin, d'une grosse dentelle de fil au fuseau. Ces embellissements, qui sont onéreux quand il faut en payer la façon, ne coûtent que le plaisir de les exécuter quand ils sont l'occupation des loisirs d'une femme adroite. Disons, en passant, que les "jours" sont très appréciés en ce moment ; ils sont moins "vieux jeu" que les broderies. A signaler aussi une fantaisie amusante pour la campagne : sur des draps de toile un peu forte, à la place de la rivière de "jours", sur le retour du drap, une russe au point de croix, en coton très grand teint naturellement, rouge, bleu et jaune. Je donne cela, bien entendu, que pour une fantaisie, mais elle est peu coûteuse à exécuter et facile à faire disparaître quand on s'en lasse. Bien éprouver, avant de commencer le travail, la qualité de teinture du coton que l'on utilise.
Quel que soit le respect que je professe à l'égard de l'économie et du bon ordre d'une maison, j'avoue ne pas goûter du tout les draps rapiécés et reprisés. Je connais des maisons montées avec un budget des plus solides dans lesquelles se pratiquent, à l'excès, ce genre de raccommodage. Même quand on y a recours modérément, on s'abstiendra de se servir de ces invalides pour les chambres d'amis. Quand les draps s'usent, on commence par les retourner avant que les places qui s'éclaircissent soient à jour, c'est-à-dire qu'on défait le surjet du milieu et qu'on prend les autres lisières pour refaire la couture. Quand les draps sont sans couture, on les coupe simplement et l'on en est quitte pour ourler les côtés ; mieux vaut un surjet bien qu'une série de pièces ou de reprises d'un bien vilain effet.
Enfin, quand les draps s'usent définitivement, on en taillera les meilleures parties pour faire des torchons ; ceux-ci seront excellents et n'auront aucun des inconvénients des torchons neufs, qui ne deviennent vraiment utilisables qu'après un nombre respectable de lessives, c'est-à-dire quand eux-mêmes commencent à s'user...

GRACIA (août 1907)

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vendredi 25 mai

Petite chronique Poitevine

par Laurence BERLUCHON - Le grilleur d'Anguilles - Juin 1950

C'est un personnage pittoresque le grilleur d'anguilles. Il faut le voir à Poitiers les jours de foire et de marché, les mercredi et samedi, sur la place de Notre-Dame-la-Grande, installé à un banc qui se transmet de père en fils.
C'est là qu'il allume son feu, qu'il apporte ses viviers ambulants, caisses de bois perforé où il tient captives ses anguilles frétillantes, de ces "pibales" ou anguillettes qui ne doivent pas "venir d'être pêchées" mais avoir perdu un peu de leur mucosité extérieure. Pour cela il les a frottées avec de la cendre de bois.
Sur l'âtre en plein air, rouge de braises croulantes de charbon de bois, il installe ses grands grils "bénits d'huile" de noix, d'oeillette ou de colza, selon la richesse de sa récolte. Il a jeté sur le feu une poignée d'herbes aromatiques séchées, thym, laurier et persil.
Il faut voir avec quelle dextérité il prend une certaine quantité de petites anguilles vivantes et les tue en frappant leur tête contre un billot ou contre le talon. Il ne les dépouille pas ni ne les vide ces "piballes". Quelquefois pour les grosses, au désir du client, tandis que de la main gauche il les serre, de l'autre il fait quitter la peau qui se trouve couverte d'un épiderme ardoisé.
Il place alors tout au long ces aiguilles agonisantes en rangs serrés sur le feu. Quand un côté est grillé, il les retourne sur les charbons ardents avec une pince de bois et recommence à aérer son feu avec un éventail de genêt ou parfois un plumeau.
Il est spécialiste de la cuisson en plein air, il faut l'atmosphère, le tour de main - et ses anguilles ne doivent pas adhérer au gril elles perdraient de la qualité - C'est bien là le soin auquel il est attentif car elles sont minces en général, et elles se transformeraient vite en corde.
Le grilleur d'anguilles sait que la bonne cuisine fait les bons amis. Il observe la physionomie de ses clients, il les reconnaît il se rend compte de l'importance qu'ils accordent à l'anguillette qu'ils vont déguster tout à l'heure au café ou à la table familiale, transportée roulée en cercle ou en brochette.
Les habitués du marché les savourent accompagnées d'une sauce vinaigrette hautement poivrée, assaisonnée de fines herbes hachées où domine le cerfeuil. Elles doivent être mangées très chaudes, et accompagnées d'un vin clairet.
Les conversations animées se font autour du plat d'anguilles. Que d'affaires conclues, que d'ententes ! C'est une coutume gastronomique qui se continue en Poitou.
Nous avons revu un de ces grilleurs à Richelieu, la ville du Cardinal - autrefois elle faisait partie du Haut-Poitou - le jour de la Fête des Rois. Il est une coutume ancestrale d'apporter le dernier point à une affaire ce jour-là. C'est aussi une "Foire de jeunesse" comme disent les Anciens. Une journée de galettes croustillantes, les pancartes des cafés "Galette des Rois" le rappellent à chaque pas. Et l'on emporte à la ferme comme au château, anguillettes et galette des Rois ; plus tard, remplacées par des fouaces, le grand régal des foires et des fêtes populaires.

Posté par choupanenette à 19:19 - Cuisine, Maison, Entretien - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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