Dinandiers martelant le cuivre ;
Scieurs de pierre faisant crisser leur "crocodile" (surnom de la scie) ou scieurs de long accordant leur mouvement de va-et-vient vertical ;
Tonneliers cerclant la douelle ;
Forgeron actionnant l'énorme soufflet pour activer le feu tout en surveillant l'intensité de la chauffe sur le morceau de fer au bout de ses tenailles ;

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Jouguier dégauchissant une pièce de bois ;
Charron ajustant une roue de charrette ;
Matelassier cardant sa laine ;
Sabotier creusant le bois avec l'aburon, faisant jaillir les copeaux comme des tortillons de fête ;
Étameur décapant l'argenterie paysanne ;
Bouilleur de cru surveillant la chauffe ;
Bourrelier maniant le carrelet (grosse aiguille courbe) entre les trous de l'allène ;
Chapelier faisant chauffer les formes en bois dans un four alimenté au coke ;
Cordonnier poissant le ligneul (fil de chanvre) avant de coudre une semelle ;
Barbier qui râpait le savon dans un grand pot de grès avant de le remplir d'eau tiède ;
Colporteur, brodeuse, modiste, culottière ... Ils s'éloignent jusqu'à disparaître, tout autant que les chants de passage qui ressemblaient davantage à des litanies monotones : ceux des chaudronniers étameurs d'Occitanie que l'on surnommait lou païroulaïre "païrols brielhs à estama, casserolos à brasa !" répétaient-ils inlassablement et lorsqu'ils se taisaient c'était précisément pour étamer un chaudron ou braser une casserole, ou parce qu'ils s'étaient éloignés...
Le cri de "pel dé lapin !" qui se flairait avant même de s'entendre, la carriole que tirait l'homme fumant encore parfois des chairs fraîchement séparées... Le ramasseur de vêtements qui lançait un vibrant "teinturier-dégraisseur à Lunel !" et tant d'autres encore...
Petits métiers qui hantaient les ruelles, faisaient vivre des villages... Disparus, comme l'âme d'une maison sans sa cheminée, le coeur d'un foyer sans le tic-tac de sa pendule...

Brigitte Jeune