jeudi 14 août
Moins vingt-quatre degrés !
Il était écrit que cette malheureuse année 1879, qui n'a su nous donner ni soleil printanier, ni les chaleurs de
l'été, serait jusqu'à la fin une année maudite. En sommes-nous à compter les désastres qui nous ont accablés cette année ? SzegedinSzegedin et Murcie nous rappellent les pluies diluviennes du printemps et de l'automne et les terribles inondations qu'elles ont déterminées.
Et voilà que l'hiver, le plus détestable des hivers, nous a assaillis ! La neige recouvre les chemins, intercepte les routes, rend sinon impossible, au moins très difficiles les communications entre les villes et les campagnes. Résultat trop prévu : rareté et par suite cherté des vivres. Le froid, froid le plus intense qu'on ait jamais observé à Paris, vient ajouter ses rigueurs aux souffrances des pauvres gens. Le froid et la faim ! c'est trop en vérité. La charité publique s'est émue ; les coeurs généreux s'efforcent en ce moment même de donner un morceau de charbon et un aliment sain à ceux qui grelottent sur leur grabat et dont l'estomac crie la faim.
Je vous parlais, il y a quelque temps, des hivers rigoureux et je vous rappelais que la plus basse température observée à Paris avait été de 23 degrés au-dessous de zéro en 1789 et en 1795. Ce minimum vient d'être dépassé. Le 10 décembre 1879, à six heures du matin, le thermomètre de l'observatoire de Montsouris marquait 24 degrés de froid ! Et l'hiver commence à peine ! C'est en janvier d'ordinaire que se trouve la température la plus basse de l'année ; sommes-nous donc condamnés à supporter des froids plus rigoureux encore ?
Au temps où la superstition de nombres frappait les esprits, on n'aurait pas manqué de dire que les trois années exceptionnelles 1789, 1795 et 1879 ont des millésimes singuliers. Tous trois renferment le chiffre fatidique 7 et le chiffre 9, qui, par sa parenté avec le 3, est un chiffre prétendu divin. Observez encore que les deux années les plus froides, 1789 et 1879, sont composées exactement des mêmes chiffres, les deux chiffres du milieu étant simplement changés de place : Cette coïncidence, vous vous en doutez bien, n'a absolument qu'un intérêt de curiosité, et c'est à ce titre seul que nous vous le signalons.
La neige est tombée en grande abondance, et vous avez peut-être remarquer que les flocons ont une forme qui varie d'un jour à l'autre ; plus le froid est vif et plus les flocons sont petits ; dans les régions polaires la neige tombe sous forme de poudre. Il est bien difficile d'évaluer la hauteur de la neige ; il faudrait la recevoir sur une plaque bien horizontale, et encore on n'aurait pas un résultat absolument exact à cause du vent qui soulève la neige et la chasse. La hauteur de neige tombée ces derniers jours à Paris est d'environ 30 centimètres.
Au moment où nous écrivons ces lignes, le ciel est gris, la terre est blanche, la Seine obstruée par des glaçons s'est arrêtée, le vent d'hiver souffle avec toute sa force. Fasse le ciel, pour les pauvres gens, qu'une température plus douce succède enfin au temps rigoureux que nous subissons depuis plusieurs semaines.
Albert LEVY
jeudi 07 août
1935 : réclames estivales
mardi 05 août
Fâcheuse coïncidence
Au temps où lord BeaconsfieldBeaconsfield était premier ministre en Angleterre, il demanda un jour au prince de BismarckBismarck, chez qui il se trouvait en visite :
"Comment faites-vous, mon cher collègue, pour vous débarrasser des importuns de toute sorte qui nous assiègent, nous autres, hommes d'Etat ? Comment leur donnez-vous à entendre que le moment est venu de se retirer ?
- Rien n'est plus simple, répondit le prince de BismarckBismarck. Ma femme connaît les fâcheux auxquels je suis en proie, et lorsque, à son avis, ils sont restés assez longtemps chez moi, un valet de chambre vient, sur son ordre, me dire que l'Empereur m'appelle au palais."
Le prince de BismarckBismarck achevait à peine de parler que la porte de son cabinet s'ouvrit et qu'un valet de chambre prononça la formule fatidique : "Sa Majesté désire parler à Son Altesse."
On ne dit pas ce que lord BeaconsfieldBeaconsfield pensa de cette fâcheuse coïncidence.
jeudi 24 juillet
Mariage, Noces
Rituels, conseils et interdits entourent cet événement important de l'existence, qui, jadis, constituait un rêve ou une finalité pour les jeunes filles. Selon les pays et les provinces, il existait (et existe encore) un grand nombre des procédés oraculaires assurant à ces jeunes espiègles des noces dans l'année. Pour apaiser leur inquiétude, elles interrogeaient les oracles :
* A RocamadourRocamadour, elles lançaient leur mouchoir sur la statue de Roland espérant l'accrocher à son épée. Celles qui y parvenaient se mariaient dans l'année...
* Certaines s'arrangeaient pour se trouver sous le gui du Nouvel An en même temps que leur amoureux.
* D'autres attrapaient au vol le bouquet lancé par une mariée dans l'espoir d'être la prochaine épousée.
* On en a vu parcourir les champs les yeux rivés au sol pour ne pas manquer le trèfle à quatre feuille symbolique.
* Ou lancer leur chaussure en l'air le matin du premier janvier espérant qu'elle retomberait la pointe en l'air.
* Si l'on se trouve - par inadvertance évidemment - sous une poutre au moment où quelqu'un vide une bouteille de vin, le tour est joué !
* Les impatientes avaient même la possibilité de voir le visage du compagnon tant désiré : en se procurant un morceau du voile de mariée d'une de leurs amies et le glissant sous leur oreiller. Le prince charmant n'y résistait pas, paraît-il.
La mariée doit :
* Porter un accessoire vestimentaire emprunté à une amie ou à une parente, et le corsage de sa mère doit s'orner d'une fleur rouge, la boutonnière de son père d'une fleur blanche.
* Demander qu'on lave le seuil à grande eau dès qu'elle quitte la maison de ses parents ; la première fille célibataire qui le franchira ensuite sera la prochaine mariée.
Elle ne doit pas :
* Épouser un homme dont le nom porte la même initiale que le sien.
* Pleurer en ce beau jour, elle serait malheureuse en ménage.
* Regarder derrière elle en se rendant à l'église ou à la mairie.
* Regarder le chat noir qui montre le bout de son nez ou le corbeau qui bat des ailes à la sortie de l'église, sinon elle sera veuve sous peu.
* Ignorer le chien errant qui passerait par là, pour que son mari lui soit fidèle. Tandis que la souris ou l'envol des oiseaux lui annonce une nombreuse famille.
* Laisser tomber son bouquet de fleur d'oranger dans son assiette pendant le repas de noces.
* Trébucher en franchissant le seuil de sa nouvelle demeure. C'est pour cette raison que son mari doit la porter dans ses bras.
Le marié ne doit pas :
* Voir sa future épouse dans sa robe de mariée avant la cérémonie.
* Se retourner pour voir entrer la mariée lorsqu'il se trouve dans l'église.
* Renverser son verre sur son habit pendant le repas de noces, sa femme le tromperait dans l'année.
* Laisser tomber la bouteille en servant du vin à ses invités, cela ferait de lui un piètre mari qui, en outre, aurait l'aiguillette nouée.
Interdits au couple :
* Se marier après le coucher du soleil ou durant le Carême afin d'éviter de mener une vie sans enfant ou sans joie ou de perdre des enfants.
* S'inquiéter s'ils trouent un drap pendant la nuit de noces, c'est le présage d'un amour heureux.
* Se faire piquer par une puce cette nuit-là, ce serait le signe d'une future trahison.
jeudi 17 juillet
Les "Quintuplettes" canadiennes
Le 4 mai 1934, à Callander, dans l'Etat d'Ontario (Canada), Mme Elzire Dionne, Canadienne française, âgée de vingt-cinq ans, mit au monde cinq enfants du sexe féminin, qu'on baptisa : Yvonne, Annette, Emélie, Cécile et Marie. Une publicité inouïe présenta ensuite au public des deux mondes cette naissance comme un évènement tout à fait extraordinaire.
Ce cas est, en effet, par lui-même assez rare, mais il n'est pas absolument extraordinaire. Aristote cite déjà des exemples de naissance quintuple, répétés quatre fois de suite par la même femme. Depuis, de nombreuses observations, non seulement de grossesses quintuples, mais même sextuple, ont été enregistrées. Le docteur français Baudoin, qui s'intéressait beaucoup à cette question, a recueilli déjà vers la fin du dernier siècle plus de cent cas. Depuis 1904 quelques cas nouveaux ont été publiés.
D'ailleurs, Hellin prétend établir la loi suivante de naissances multiples :
La gémellité (jumeaux), une naissance sur 88 ;
Triple, une naissance sur 7 700 ;
Quadruple, une naissance sur 6 millions ;
Quintuple, une naissance sur 500 millions.
Si nous parlons des "quintuplettes" Dionne, c'est parce que ces cinq fillettes sont actuellement, c'est-à-dire à leur douzième moins, vivantes et bien portantes. Ceci représente un cas unique jusqu'à présent dans les annales médicales.
Mme Elzire Dionne s'est mariée à seize ans et, avant ses quintuplés, a eu six enfants, tous vivants, parfaitement normaux et bien portants. Notons que, dans cette région canadienne, les familles nombreuses sont de règle : il n'est pas rare d'en trouver de quinze à vingt enfants, et la moyenne est de dix.
C'est le Dr Allan Roe Dafoe, de l'Université de Toronto, modeste médecin de campagne devenu un homme célèbre, qui assista la prolifique maman. Si ces cinq enfants vivent, c'est parce que le Dr Dafoe a su, par son ingéniosité, réunir les forces nécessaires pour sauver les petites vies agonisantes, en faisant techniquement et moralement tout ce que la situation commandait. Les cinq fillettes, dont le poids total au second jour était de 6 kg 349, ont été placées dans une couveuse à une température de 28°, humidifiée par des éponges trempées dans l'eau chaude. Le Dr Dafoe fit venir trois infirmières diplômées. Pendant la première semaine,trois des cinq enfants ont failli périr, mais les soins dévoués du patricien purent vaincre le danger. Le seconde semaine, quand tout alla mieux, le Dr Dafoe plaça les enfants dans une nursery spécialement organisée, dont les fenêtres ont été munie de toiles métalliques afin d'éviter les moustiques et les mouches. Les infirmières n'approchaient les enfants que masquées.
Dès que la naissance fut connue, les dons en argent et en nature commencèrent à affluer du Canada et des Etat-Unis. L'Etat d'Ontario et la Croix-RougeCroix-Rouge canadienne prirent immédiatement en charge l'organisation des soins, et un crédit de 150 dollars par semaine fut accordé à cet effet. Les enfants ont été nourries avec du lait de femme provenant de diverses maternités de Chicago, de Toronto, de Montréal.
La presse annonce qu'actuellement une loi vient d'être soumise à l'assemblée législative de l'Etat d'Ontario selon laquelle les "quintuplettes" doivent devenir pupilles du roi d'Angleterre et de la nation. Elles seront confiées à un comité désigné par le gouvernement de l'Etat d'Ontario qui, en accord avec les parents, veillera à leur éducation et à leur instruction. Ce comité gérera également la petite fortune que chacune des petites Dionne possède déjà grâce à des dons. Ses auteurs expliquent la nécessité d'une telle loi par le fait que les six premiers enfants représentent déjà suffisamment de préoccupation pour les parents et, de plus, la considèrent nécessaire pour empêcher toute tentation d'exhiber les "quintuplettes" dans les foires ou sur la scène.
Nous savons déjà que jusqu'ici, dans toutes les naissances quintuples, les nouveau-nés ne survécurent jamais et souvent même une telle mise au monde fut fatale à la mère. Citons aussi un cas où une naissance quintuple entraîna la mort du père ! Une négresse de l'Etat de Louisiane avait mis au monde, prématurément d'ailleurs, cinq petits êtres ; le nègre, père de ces enfants, fut rempli d'une telle frayeur qu'il se pendit dès qu'il vit apparaître le cinquième.
Enfin, pour terminer, disons qu'une naissance quintuple, postérieure à celle dont nous parlons, fut enregistrée en Italie : Mme Rosa Salemi, de Palerme, mit au monde le 13 mai 1934 cinq garçons. Mais les renseignements ne nous permettent pas de préciser s'ils sont encore vivants.
W. N. KAZEEFF. Article du 11 mai 1935
Elles auraient aujourd'hui 74 ans (l'âge de mes parents). Ami(e)s du Canada, vous qui passez par là ; avez-vous des nouvelles a nous donner ? Quelqu'un a-t-il connu une de ces dames ?
vendredi 20 juin
L'omelette du Roi d'Espagne
Le jeune roi Alphonse XIII n'est pas seulement intrépide automobiliste, un tireur des plus adroits, c'est encore
un... gastronome. Et il met à profit un certain escalier dérobé du palais pour pénétrer aux cuisines, où il lui arrive de conférer avec son chef, un Catalan.
"Qu'allez-vous me faire manger, aujourd'hui ? demande-t-il.
Et si le menu ne lui convient pas absolument, il y apporte quelques modifications.
Un jour, il dit au cuisinier :
"J'ai une idée. Vous allez me faire une omelette de telle et telle façon. Est-ce que ce ne sera pas bon ?
- Cela ne saurait être mauvais, sire, répondit le Catalan ; mais voilà, c'est un plat tout nouveau, et le plat n'aura pas de nom.
- Belle affaire ! reprit en riant Alphonse XIII ; nous l'appellerons "Alphonsine".
Et l'on dit que l'Alphonsinel'Alphonsine, dont malheureusement la recette ne nous est pas parvenue, est tout simplement délicieuse.
mercredi 18 juin
Dépositaire infidèle
Vers le milieu du XVIIIe siècle, certain clerc ou basochien originaire de Lyon, étant venu à Paris pour y acheter une charge, déposa cinquante mille livres entre les mains d'un ami. Son affaire terminée, au moment d'effectuer le payement de la charge, il alla redemander le dépôt qu'il avait confié ; mais l'indigne ami fit l'étonné, déclara et soutint qu'il n'avait rien reçu.
On juge du désespoir du pauvre provincial. Que faire ? A qui recourir ?
Il demanda une audience au lieutenant-générallieutenant-général de police, qui était alors M. de Sartine, et lui exposa sa fâcheuse mésaventure.
"Et vous ne vous êtes fait délivrer aucun reçu d'une somme aussi importante ?
- Hélas ! non. J'avais confiance... Pouvais-je me méfier d'un intime ami, d'un vieux camarade de collège !...
- En sorte que la chose s'est passée entre vous deux, sans témoins ? reprit M. de Sartine.
- Pardon : la femme de mon ami... de mon faux ami, veux-je dire... était présente.
- Ah ! bien ! vous n'étiez pas tous les deux seuls ; il y avait un tiers."
Et M. de Sartine, après un instant de réflexion, invita le clerc à passer dans une pièce voisine et à l'y attendre. Puis aussitôt il envoya chercher l'infidèle dépositaire.
Dès que celui-ci fut arrivé, le magistrat lui dit :
"Un rapport de police vient de m'informer que vous aviez reçu un dépôt de cinquante mille livres...
- Erreur, monsieur le lieutenant-générallieutenant-général ! Je n'ai rien reçu, interrompit soudain et avec une extrême animation le nouveau venu.
- Rien ? Un de vos amis d'enfance ne vous a pas confié il y a quelques jours, dès son arrivée à Paris, une somme de cinquante mille livres ?
- C'est une abominable mystification ! Je suis victime d'un halluciné, d'un fou...
- Soit ! concéda M. de Sartine. Il ne vous sera pas difficile, d'ailleurs, de vous disculper pleinement... Vous n'avez qu'à écrire à votre femme, qui, paraît-il, a été témoin du dépôt, la lettre que je vais vous dicter... Allons, asseyez-vous là, et écrivez."
Il fallut obéir.
"Ma chère ami, - dicta M. de Sartine, - je te prie de remettre au porteur de cette lettre la somme de cinquante mille livres, que j'ai reçue, l'autre jour, devant toi, de mon ami X..."
Le billet écrit, M. de Sartine l'envoya porter à destination par un de ses secrétaires, qui ne tarda pas à revenir avec la susdite somme.
Convaincu de sa fourberie, le traître se jeta aux genoux du magistrat, qui lui adressa une sévère réprimande. Pour achever de le couvrir de confusion, M. de Sartine fit apparaître son ami X..., le trop confiant basochien, à qui il remit ses cinquante mille livres et adressa cette double recommandation :
"A l'avenir, jeune homme, faites-vous toujours délivrer des reçus des sommes que vous versez en dépôt, et choisissez mieux vos amis !"
lundi 16 juin
Il pleut, il pleut Bergère
Les bergeries sont à la mode au XVIIIe siècle. Celle-ci est l'oeuvre du poète et acteur Philippe Fabre d'Eglantine qui donna des noms champêtres (prairial, germinal, fructidor...) aux mois du calendrier républicain en 1793. La musique est de Victor Simon, violoniste auteur de plusieurs opéras-comiques.
Il pleut, il pleut, bergère,
Presse tes blancs moutons,
Allons sous ma chaumière,
Bergère, vite allons.
J'entends sur le feuillage
L'eau qui tombe à grand bruit,
Voici, voici l'orage,
Voici l'éclair qui luit.
Entends-tu le tonnerre ?
Il roule en approchant ;
Prends un abri, bergère,
A ma droite, en marchant.
Je vois notre cabane ;
Et tiens, voici venir
Ma mère et sa soeur Anne,
Qui vont l'étable ouvrir.
Bonsoir, bonsoir, ma mère ;
Ma soeur Anne, bonsoir ;
J'amène ma bergère
Près de vous pour ce soir.
Va te sécher, ma mie,
Auprès de nos tisons.
Soeur, fais-lui compagnie.
Entrez, petits moutons.
Soignons bien, ô ma mère,
Son tant joli troupeau ;
Donnez plus de litière
A son petit agneau.
C'est fait. Allons près d'elle.
Eh bien ! donc, te voilà !
En corser qu'elle est belle !
Ma mère, voyez-la.
Soupons ; prends cette chaise,
Tu seras près de moi ;
Ce flambeau de mélèze
Brûlera devant toi.
Goûte de ce laitage.
Mais tu ne manges pas ?
Tu te sens de l'orage :
Il a lassé tes pas.
Eh bien, voilà ta couche,
Dors-y jusques au jour ;
Sur ton front pur, ma bouche
Prend un baiser d'amour.
Ne rougis pas, bergère,
Ma mère et moi, demain,
Nous irons chez ton père
Lui demander ta main.
samedi 14 juin
Le pissenlit - Taraxacum
Selon un médecin du seizième siècle, l'ingestion d'une herbe appelée taraxacumtaraxacum provoque dans la vessie des enfants l'arrivée, qui se fait surtout durant le sommeil, de plus de liquide qu'elle en peut contenir. Et il conclut: Eoque tunc imprudentes stagula permingant, ce qui constitue une façon élégante d'explique l'humidité qu'on constaterait souvent dans les literies des enfants.
C'est pour cette raison que le taraxacumtaraxacum reçut le nom de pissenlit.
On n'a jamais bien établi si cette réputation était justifiée on non. Quoi qu'il en soit, c'est une croyante générale, dans toutes les régions, que le fait de manger du pissenlit, ou même seulement d'en sentir la fleur, peut provoquer cet accident gênant. On attribue d'ailleurs beaucoup d'autres méfaits à la fleur du pissenlit : celui qui la cueille risque d'être victime d'un vol, ou d'avoir de mauvaises récoltes.
C'est surtout quand la fleur du pissenlit est montée en graine qu'elle tient un rôle important dans les traditions populaires. Si une fille souffle le duvet d'un seul coup, c'est qu'elle a encore toute son innocence... Autant de fois elle doit souffler pour enlever le duvet, autant d'années il lui faudra attendre pour se marier... Les jeunes gens pouvaient également se servir de cet oracle : si le garçon, en soufflant, fait s'envoler tout le duvet à la fois, c'est que la jeune fille qu'il courtise l'aime sincèrement ; autrement c'est que la fille se moque de lui.
Les enfants qui se sont éloignés pour jouer y trouvent eux aussi des indications : si le duvet ne s'envole pas d'un seul coup, c'est que leurs parents ne les appellent pas encore pour manger.
Mettre un bouquet de pissenlits, la nuit, sur le rebord de la fenêtre d'une personne, c'est une façon de l'avertir d'une infortune conjugale.
Le pissenlit en graine est, d'autre part, utilisé pour la prévision du temps : si le duvet s'envole, c'est qu'il fera beau ; s'il tombe par terre immédiatement, c'est qu'il va pleuvoir. Il est possible qu'il y ait quelque chose dans cette croyance, le mouvement du duvet pouvant être expliqué par l'état hygrométrique de l'air.
Au dix-septième siècle, on attribua de grandes vertus thérapeutiques au pissenlit : tour à tour analgésique, fébrifuge, barbiturique, il entra dans de nombreuses préparations pharmaceutiques.
Vers la fin de la Renaissance, on commença à l'améliorer par la culture et, dans les campagnes, il est encore souvent accommodé comme les épinards ; on le sert alors généralement avec du rôti de porc.
dimanche 08 juin
J.O. d'Hiver de 1969
Après les catégories dames et messieurs, les catégories "Mondame" et Massieur"
Le contrôle sexologique fait beaucoup parler de lui en ce moment dans le monde du sport et les sportives n'ont pas pu échapper à la clairvoyance des éprouvettes de Grenoble. Comme toutes les demoiselles ne pouvaient être examinées sous peine de devoir commencer les Jeux plus tôt, on tira au sort le nom d'une cinquantaine d'entre elles. Mais le ton était donné : qui allait passer avant les autres ? Il n'était pas question d'accorder à l'une le privilège d'ouvrir la marche sans qu'immédiatement certains esprits troublés s'imaginent que les médecins l'avaient particulièrement à l'oeil.
Ici, il faut bien dire qu'en matière de sexe les mécènes du sport ne sont plus sûrs de rien. Au lieu de confier le tirage de la première patiente à une main innocente qui risquerait par la suite de ne plus l'être autant, les organisateurs du contrôle de féminité ont réservé le soin de choisir à une machine électronique.
Quoi qu'on en dise, un cerveau électronique est bête et borné. Il répond très précisément à la question qui lui est posée, sans disgresser nullement.
D'ailleurs, les savants n'auraient pas inventé une machine capable de penser à leur place. Où serait le plaisir ? Et pourtant, nous avons été abusés de belle manière, foule ignorante que nous sommes. La machine a dû bien rire - et doit rire encore - de la bonne blague qu'elle a joué aux petits comptables de chromosomes. Il est sorti de ses cogitations le nom d'un concurrent masculin ! Peut-être s'agissait-il là d'un avertissement.
Vous avez raison, chère machine. Pourquoi ne pas contrôler la masculinité des hommes ?
jeudi 05 juin
Une école d'autrefois
Il n'y avait pas de cheminée dans la classe ; elle n'était donc pas chauffée. Le maître prétendait qu'on n'y souffrait jamais du froid, parce qu'elle était extrêmement petite et qu'on y était fort entassé. Il était pourtant obligé quelquefois de permettre une petite sauterie (petite danse où les enfants sautent pour se réchauffer) d'un quart d'heure, pour nous réchauffer. Comme il fallait descendre deux marches pour entrer dans l'école et qu'on y voyait aucune trace de plancher ni même de pavage, la petite sauterie devenait quelquefois un peu périlleuse à la suite des grandes pluies qui ne sont pas rares dans ce pays.
Quant au mobilier, il était des plus sommaires. Six bancs en sapin, une seule table sur laquelle huit élèves pouvaient écrire à la fois, et, pour le maître, une chaise en paille. Pas une carte ni un tableau noir sur les murs. D'ailleurs, qu'en aurait-on fait ? C'est à peine, avec cette étroite et unique fenêtre, si l'on pouvait lire dans le livre qu'on tenait à la main.
Quoique je fusse habitué à ces intérieurs bretons, toujours plongés dans une demi-obscurité, je ne m'étais pas attendu à un si complet dénuement. Une seule chose me réconciliait avec le spectacle que j'avais sous les yeux, c'était l'air de contentement du maître et la bonne humeur des élèves.
dimanche 01 juin
JUIN
Personne ne peut dire d'où vient juin. De Junon ? Du consul Junius Brutus ? De Juniores qui le consacrerait aux jeunes gens ? Mais on sait par contre où il va : en été. On y entre dans la saison des coups de soleil et des bains de mer en honorant par la même occasion les pères et les Rodolphe.
Les marchands de cravates, de briquets et stylographes sont les meilleurs supporters de ce mois dont le temps a été donné par celui qu'il faisait le 30 décembre. Les jours y sont les plus longs. Ce qui veut dire en réalité qu'ils commencent à reculer. D'où le signe qui commande juin : le Cancer c'est-à-dire l'écrevisse.
L'agriculteur a chaud : il fauche le blé et le trèfle pour les bestiaux, il souffre la vigne, il fait sécher la deuxième coupe de luzerne, il saute, le soir du 24, les feux de la Saint-Jean pour faire plaisir aux ethnologues.
Dans la nuit du 20 au 21 ou du 23 au 24, l'herboriste noctambule cueille, avant le lever du jour, les simples et le berger ramasse le millepertuis qui chasse le diable et les maléfices.
Juin est mon mois. Il part en transhumance après la Saint-Médard sans oublier son parapluie surtout "si l"Egoal carga lo capèl" (si le mont Aigoual met son chapeau), si la brebis se secoue, et si le coeur de la Carlina acantofolia ou cardabelle se ferme.
L'étourdi peut encore semer le haricot et le jardinier pince la tige du melon. Le 8 on pend à Béziers en 1584 deux jeunes, coupables d'avoir enlevé la jeune femme d'un maçon sous -tenez-vous bien- les yeux de son père aveugle ; le 16, l'Ardèche fête à La Louvesc-Saint-François, Régis né à Narbonne et invoqué contre la stérilité.
mercredi 28 mai
28 mai
Histoire : 28 mai 1242. Les deux inquisiteurs Guillaume d'Arnaud, dominicain et Etienne de Narbonne, franciscain, plus 9 personnes de leur escorte sont assassinés à Avignonnet (Haute-Garonne) dans le château de Raymond VII comte de Toulouse par le gouverneur Raymond d'Alfar. L'église du château sera frappée d'interdit pendant 40 ans.
Apparition : 28 mai 1686. Celles (Ariège). Une colombe vole autour de Jean Courdil, laboureur. La vierge lui apparaît. Trois feuilles de chêne se gravent subitement en forme de croix sur sa bêche. Une fontaine miraculeuse surgit de terre. Elle accomplit 40 guérisons dans les 4 jours qui suivent.
mardi 27 mai
Alain Delon : le jeune loup du cinéma français
Il a 26 ans. L'oeil gris-vert. La mèche noire. Le sourire ravageur et le cerveau d'un grand patron. Après six ans de carrière, son seul nom peut financer un film en Europe, en Amérique ou au Japon. Il vaut plus cher que Gabin (75 millions), que Jeanne Moreau (45) ou que Belmondo (40).
A la bourse du cinéma, il se place juste à côté de Brigitte Bardot avec des cachets de 80 à 100 millions. Ce pur-sang de charme, ex-garçon boucher, plus jeune producteur de France, prince charmant et homme d'affaires, c'est Alain Delon.
Au Japon, depuis cinq ans, il le roi du box-office. A Paris, la Cinémathèque vient de lui rendre hommage par un cycle de projection comme pour Jouvet, Raimu ou Gérard Philippe. Hollywood, qui le tient sous option depuis trois ans, lui a déjà proposé en vain soixante scénarios : il a racheté son contrat pour rester libre de choisir ses metteurs en scène et ses sujets : il a mis sur pied lui-même ses trois premiers films américains.
Ce beau garçon du genre ténébreux, aux yeux clairs et lucides, et au sourire de fauve, "le seul acteur romantique venu de France depuis que Charles Boyer n'a plus de cheveux" (comme disent les Américains), a un plan dans la tête, un plan de conquête, où la France ne joue qu'un rôle de tremplin.
Il vit sur un pied somptueux, possède un hôtel particulier avenue de Messine, une maison à Monte-Carlo, et, à quinze kilomètres de Paris, le vieux prieuré de Tancrou, sur les bords de la Marne. Il a une Rolls-Royce, une Ferrari, une Buick et une Dauphine, quinze chiens (danois, dobermans, cockers, un airedale et un dalmatien), une collection de 3 000 disques et trois bibliothèques (une dans chacune de ses trois propriétés). Mais il sort peu, ne va pas au théâtre, ayant horreur de s'habiller, ne porte jamais d'argent sur lui. Cinéphile fiévreux, il court sans cesse d'une salle de cinéma à l'autre, pour étudier le style des acteurs américains qu'il admire le plus : John Garfied, Henry Fonda, Humphrey Bogart ou Montgomery Clift.
Mélange curieux : de la vedette de cinéma il a le prestige, le physique et le "glamour", mais il se comporte comme en artisan fébrile, en technicien fervent, en fanatique de son métier qu'il veut connaître sous toutes ses facettes.
lundi 26 mai
Année 1964 : Réclames
dimanche 25 mai
L'homme le plus âgé du monde
L'homme le plus vieux du monde entier est un citoyen de Bogota, dans la république américaine de Colombie.
Ce nouveau Mathusalem, qui avoue cent quatre-vingt ans, est un métis, nommé Michel Solis. Son existence fut révélée au docteur Luis Hemandes par un des colons les plus âgés de la localité, lequel, dans son enfance, connaissait déjà cet homme comme centenaire. On a retrouvé, dans de vieux documents de 1712, sa signature parmi celle des personnes qui contribuèrent à la construction d'un couvent de Franciscains qui existe près de San Sebastian. Le docteur, qui lui rendit visite, trouva Michel Solis travaillant dans son jardin. Sa peau est parcheminée ; ses cheveux longs et d'un blond de neige enveloppent sa tête comme un turban, et son regard est vif. Michel Solis attribue son grand âge à sa manière de vivre réglée d'une façon invariable et qui ne laisse place à aucun excès d'aucune sorte.
"Je ne mange, dit-il, qu'une fois par jour ; mais je ne choisis que des aliments forts et nourrissants. Mon repas dure une demi-heure. Je jeûne le 1er et le 15 de chaque mois, et ces jours-là j'absorbe autant d'eau que je puis en supporter. Je laisse toujours refroidir mes aliments avant d'y toucher. C'est à ce régime que j'attribue ma longévité. (article de 1880)
vendredi 23 mai
Fondation de Marseille
Vers l'an 600 avant notre ère, un vaisseau grec, conduit par un marchant nommé Euxène, vint jeter l'ancre sur la côte, à l'est de l'embouchure du Rhône.
Nann, le roi du pays, accueillit avec amitié cet étranger et l'amena dans sa maison, où un grand repas était préparé, car ce jour-là, il mariait sa fille Gyptis.
Suivant l'usage gaulois, Gyptis devait, elle-même, à la fin du banquet, choisir son mari parmi les assistants. A l'heure dite, elle parut, en effet, dans la salle du festin. Tout émue et toute rougissante sous ses longs voiles blancs, elle tenait à la main, pour l'offrir à l'époux de son choix, une coupe pleine d'hydromel.
Elle fit à pas lents le tour de la table ; ses yeux baissés ne semblaient pas voir les convives qui se tournaient vers elle à mesure qu'elle passait. Quand elle fut arrivée devant Euxène, elle s'inclina légèrement, et, à la surprise générale, lui présenta la coupe.
Nann approuva le choix de sa fille et donna à Euxène un territoire situé au bord de la mer, dans lequel se trouvait comprit le petit golfe où il avait débarqué.
C'est là que fut aussitôt fondée Massilia qui devint la florissante cité de Marseille.
D'après Augustin THIERRY - Historien français, mort en 1856.
jeudi 22 mai
Centons
Ces centons ne doivent pas être confondus avec les SANTONS des crèches provençales.
Dans la Rome Impériale, on appelait CENTON les morceaux de tissu dépareillés que les légionnaires cousaient l'un à l'autre afin de se fabriquer un sous-vêtement qui leur tînt chaud l'hiver sous la cuirasse de métal. Par analogie, on nomma CENTON un jeu littéraire, fort en vogue dans le passé, qui consistait à composer un poème original en partant de vers "empruntés" à l'oeuvre de poètes différents.
Armez-vous d'une anthologie et amusez-vous à fabriquer ce genre de patchwork poétique. Voici un exemple :
Les beaux étés sans toi
Regarde ! Je viens seul m'asseoir sur cette pierre (1)
Où jadis, pour m'entendre, elle aimait à s'asseoir (2)
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir (3)
L'air est parfois si doux qu'on ferme les paupières. (4)
Il est d'étranges soirs où les fleurs ont une âme (5)
Embaumant les jardins et les arbres d'odeurs. (6)
Tout commence en ce monde et tout finit ailleurs (2)
D'autres vont maintenant passer où nous passâmes. (2)
Aux regards d'un mourant, le soleil est si beau (7)
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau (8)
Que ne m'est-il permis d'errer parmi les ombres ? (9)
Maintenant, ô mon Dieu, que j'ai ce calme sombre (10)
Il n'est rien de commun entre la terre et moi (11)
Hélas ! en te perdant, j'ai perdu plus que toi ! (12)
1 - Lamartine, Le Lac
2 - Hugo, Tristesse d'Olympio
3 - Baudelaire, Harmonie du soir
4 - Rimbaud, Roman
5 - Albert Samain, Il est d'étranges soirs
6 - Ronsard, Comme on voit sur la branche
7 - Marceline Desbordes-Valmore, Les Séparés
8 - Lamartine, l'Automne
9 - La Fontaine, Adonis
10 - Lamartine, L'Isolement
11 - Hugo, A Villequier
12 - Boileau, A Iris
dimanche 18 mai
Conter fleurette
Conter fleurette c'est nager dans le désuet ! Dans nos cités sans herbes folles les champs sont loin, les parcs gardés ; pour la qualité de la vie amoureuse chacun voit fleur à son balcon. Et puis, comme le chantait Boris Vian :
Autrefois pour faire leur cour
Ils parlaient d'amour
Pour mieux prouver leur ardeur
Ils offraient leur coeur.
Maintenant c'est plus pareil
Ça change, ça change...
Fleurette, ou florette, c'est l'expression d'une société agreste, d'une civilisation de bosquets et de jardinets. Pendant des siècles les roucoulements des amoureux ont été associés aux fleurs, au printemps, au joli mois de mai. C'est le vrai réveil de tout :
Quand pointe la pâquerette
Quand fleurit la primevère
C'est l'heure à conter fleurette
A sa bergère.
Au Moyen-Âge filles et garçons jouaient beaucoup avec les fleurs. Ils folâtraient par bandes dans leurs tenues unisexe aux bois, aux près, cueillant les roses, le muguet, la violette. Ils se couvraient de fleurs. Le Roman de la Rose, celui de Jean de Meung, vers 1280, parle de ces joyeuses virées horticoles :
toutes herbes, toutes floretes
que valletons et pucelettes
vont au printans es gauz cueillir
que florir voient et feuillir.
Le grand jeu d'ailleurs consistait à se tresser mutuellement des couronnes autour de la tête, des diadèmes de roses que l'on appelait "chapeaux", ou en diminutif "chapelets". (C'est l'habitude d'orner aussi les statues de la Vierge de ces "rosaires" qui a fini par transformer le "chapelet" en outil à prières !)
Je veuil cueillir la rose en may
Et porter chappeaux de florettes
De fleurs d'amours et violettes
dit un autre auteur du XIVe Jean Renart, en 1228, vantait le charme de :
... ces pucelles en cendez*, (étoffe de soie légère)
a chapelez entrelardez
de biaux oisiaux et de floretes
lor genz cors* et lor mameletes (leurs beaux corps)
les font proisier* de ne sai quanz. (priser)
C'était mignon comme tout ! Il n'est resté de ces temps héroïques que la banale "fleur au chapeau", et aussi pendant longtemps "la plus belle rose de son chapeau", laquelle se réfère à ces joyeux diadèmes et non au feutre ou au canotier. "On dit [qu'une personne] a perdu la plus belle rose de son chapeau ; pour dire qu'elle a fait quelque perte considérable, sur tout en ce qui regarde l'appui, la protection", dit Furetière.
Il en est aussi demeuré un mot : fleurette. "Se dit au figuré de certains petits ornements du langage, ou des galanteries, & des termes doucereux dont on se sert ordinairement pour cajoler les femmes... Il conte fleurettes à cette Dame ; c'est-à-dire il luy fait l'amour" (Furetière).
Cependant l'expression à dû pendant une certaine période au moins se prêter à un jeu de mot facile. Au XVe siècle "florette" était aussi une "pièce de monnaie frappée sous le règne de Charles VI, pesant vingt deniers tournois ou seize deniers parisis, et sur laquelle des fleurs de lys étaient empreintes" (Godefroy). On a donc pu "conter" et "compter". C'est peut-être par une allusion encore sensible au XVIIe siècle que la Fontaine dit avec sa franchise habituelle :
Gratis est mort, plus d'amour sans payer ;
En beaux louïs se content les fleurettes.




































