Le moment des vacances, en créant des loisirs, permet aux maîtresses de maison, aussi bien qu'aux jeunes filles, d'entreprendre des travaux de longue haleine, et c'est pourquoi tant de femmes consacrent cette période, les unes à l'entretien et au renouveau du linge de leur maison, les autres à la confection de leur trousseau.
Nous sommes loin, aujourd'hui, de la profusion de linge qui encombrait les armoires de nos grand'mères, et cette coutume, assez peu justifiée, de ne faire qu'une ou deux grandes lessives par an, tend aussi à disparaître, même des pays les plus attachés à leurs coutumes. Le linge, au lieu d'être une sorte de capital immobilisé et destiné à servir plusieurs générations, n'est plus qu'un approvisionnement limité aux besoins du moment et que l'on entretien "à niveau", en en remplaçant une partie au fur et à mesure des vides qui se produisent.
Cela ne veut pas dire, toutefois, que l'on doive négliger ce chapitre fort important de la bonne réorganisation d'une maison et il n'est pas nécessaire de posséder une grande abondance de linge, il faut se rattraper, autant que possible, sur la qualité et faire en sorte de ne garnir ses armoires que de belles et bonnes choses.
L'acquisition et le choix des draps ne se feront pas sans réflexion. La toile de fil est toujours la plus en faveur, mais le discrédit qui s'attachait naguère au linge de coton va en s'affaiblissant. Des draps de coton n'ont ni l'élégance ni l'agrément des draps de fil, mais ils sont d'une grande solidité et d'un prix bien inférieur à celui de ces derniers. Une maîtresse de maison dont le budget est limité n'aura donc pas tort d'en faire usage ; si sa famille est nombreuse, elle y trouvera une grande économie.
Les draps pour l'emploi courant se feront très simples, afin de ne pas augmenter les dépenses de blanchissage et de repassage.
Les draps les plus élégants seront garnis soit d'un ourlet à jour, soit d'un bord festonné, soit, enfin, d'une grosse dentelle de fil au fuseau. Ces embellissements, qui sont onéreux quand il faut en payer la façon, ne coûtent que le plaisir de les exécuter quand ils sont l'occupation des loisirs d'une femme adroite. Disons, en passant, que les "jours" sont très appréciés en ce moment ; ils sont moins "vieux jeu" que les broderies. A signaler aussi une fantaisie amusante pour la campagne : sur des draps de toile un peu forte, à la place de la rivière de "jours", sur le retour du drap, une russe au point de croix, en coton très grand teint naturellement, rouge, bleu et jaune. Je donne cela, bien entendu, que pour une fantaisie, mais elle est peu coûteuse à exécuter et facile à faire disparaître quand on s'en lasse. Bien éprouver, avant de commencer le travail, la qualité de teinture du coton que l'on utilise.
Quel que soit le respect que je professe à l'égard de l'économie et du bon ordre d'une maison, j'avoue ne pas goûter du tout les draps rapiécés et reprisés. Je connais des maisons montées avec un budget des plus solides dans lesquelles se pratiquent, à l'excès, ce genre de raccommodage. Même quand on y a recours modérément, on s'abstiendra de se servir de ces invalides pour les chambres d'amis. Quand les draps s'usent, on commence par les retourner avant que les places qui s'éclaircissent soient à jour, c'est-à-dire qu'on défait le surjet du milieu et qu'on prend les autres lisières pour refaire la couture. Quand les draps sont sans couture, on les coupe simplement et l'on en est quitte pour ourler les côtés ; mieux vaut un surjet bien qu'une série de pièces ou de reprises d'un bien vilain effet.
Enfin, quand les draps s'usent définitivement, on en taillera les meilleures parties pour faire des torchons ; ceux-ci seront excellents et n'auront aucun des inconvénients des torchons neufs, qui ne deviennent vraiment utilisables qu'après un nombre respectable de lessives, c'est-à-dire quand eux-mêmes commencent à s'user...

GRACIA (août 1907)