Les Indiens Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord (car l'Amérique du Sud a aussi ses Peaux-Rouges, fort différents de ceux-ci) formaient à l'arrivée des Européens une population peu dense, mais assez nombreuse, qu'on peut évaluer à une quinzaine de millions. C'était à la fin du XVe siècle : le XIXe siècle les verra peut-être disparaître entièrement ; ils ne sont plus que deux ou trois cent mille, et le gouvernement des Etats-Unis les a parqués dans des territoires ou réserves en leur promettant des distributions régulières de vivresindiens et de vêtements, et d'autres objets de première nécessité. Les Peaux-Rouges de cette race sont beaucoup plus nombreux qu'au Canada, mais l'Angleterre suit à leur égard une politique tout aussi impitoyable qui ne tardera pas à les détruire également.
D'ailleurs les diverses peuplades qui les forment professent à l'égard les unes des autres un mépris, une aversion qui permet de leur appliquer aisément la vieille maxime romaine : "Divisez pour dominer." Elles se feraient une guerre d'extermination, si elles n'étaient pas séparées par les Etats de l'Union américaine, où nul Indien ne peut s'aventurer sans courir les plus grands dangers. Il en est de  même que tout Indien qui se hasarde où s'égare dans le campement d'une tribu ennemie. Qu'il rencontre un homme de cette tribu, il sera immédiatement reconnu à quelque particularité du costume, à quelque totem, ou signe symbolique qui diffère d'une peuplade à l'autre ; il sera mis à mort, tantôt après une lutte en règle avec un des hommes de la tribu, tantôt après des supplices dont la seule énumération serait épouvantable, et où les femmes, jouant le rôle de bourreau, semblent se venger de la condition inférieure, des labeurs écrasants que leur impose l'organisation sociale des Indiens.

A. BERREZ  - Mars 1891