La réclame est, on le sait, une des puissances du jour. Naguère, le commerce et l'industrie l'appelèrent à leur aide ; maintenant, elle régit en souveraine despotique ceux dont elle ne fut d'abord que l'humble auxiliaire : elle est devenue elle-même un commerce, une industrie, et, pour tout dire, un art. Son évolution progressive fournirait le sujet d'un curieux chapitre à l'histoire du siècle qui finit. (fin 1800)
Sa devise, d'ailleurs, est un proverbe bien connu : "De plus fort en plus fort, comme chez Nicolet !" Elle semblait avoir atteint son apogée avec l'invention de la publicité lumineuse par l'électricité, lorsqu'un réclamiste en quête de nouveauté, pendant la période de l'Exposition Universelle, s'est dit ceci :
"Les affiches artistiques, les jeux de lumière électrique, c'est beau, mais c'est cher ; si nous rajeunissions, en les combinant sous une forme inédite, les procédés surannés de l'homme-sandwich et du pousse-pousse ? De là l'idée du truc tout à la fois simple, ingénieux et économique, que notre gravure montre trop clairement pour qu'il soit nécessaire de l'expliquer. On juge de la stupéfaction des badauds à l'aspect de ces affiches ambulantes ; ils commencèrent par s'en amuser comme une bonne fumisterie ; mais l'envahissement des impériales d'omnibus et de tramways par les hommes-pancartes n'aura pas tardé sans doute à irriter contre les maisons ainsi recommandées les malheureux piétons, déjà forte en peine de trouver place dans ces véhicules ; et d'autre part, il est peu probable que les Compagnies tolèrent sur leurs voitures l'encombrante et parcimonieuse publicité qu'un coup de surprise y installa momentanément. Atteinte d'un double vice rédhibitoire, cette innovation mirifique ne paraît donc pas née viable.

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