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jeudi 02 juillet

Le serment d'avocat de Mlle Chauvin

Mlle Jeanne Chauvin vient d'être admise à son tour à prêter serment professionnel des avocats devant la 1er Chambre de la Cour de Paris. La nouvelle "avocate" n'arrive que seconde, quinze jours après son ou sa confrère, Mme Petit ; néanmoins une incontestable priorité lui demeure acquise : c'est elle qui a eu l'honneur d'inaugurer en France le diplôme féminin de licencié en droit, et elle entre au Palais, précédée d'une procureur_g_n_ralréputation de juriste établie depuis plusieurs années déjà.
Son père, mort en 1879, était notaire à Provins ; orpheline à l'âge de dix-sept ans, n'ayant à compter que sur sa propre initiative pour se créer une carrière, elle se livra délibérément aux études classiques avec une ardeur peu commune, même chez le sexe fort : en douze ans, elle avait conquis de haute lutte ses diplômes de bachelier ès lettres, de bachelier ès sciences, de licencié ès lettres, de licencié et de docteur en droit. Munie d'un pareil bagage, Mlle Chauvin avait le choix entre les diverses professions libérales aujourd'hui accessibles au sexe faible ; ce fut ver la plus ardue, jusqu'alors inexplorée des femmes françaises, qu'elle se dirigea par vocation.avocate
Au mois de novembre 1897, elle présentait une requête sollicitant son inscription au barreau de Paris, réussissait à se faire délivrer le visa nécessaire de M. le procureur général Bertrand ; il ne lui restait plus qu'à obtenir l'autorisation de la Cour pour la prestation du serment et le dignus intrare du Conseil de l'ordre.
Malgré les sympathies influentes, malgré toutes les bonnes raisons que fit valoir en sa faveur un membre distingué du barreau de Bruxelles, Me Louis Frank, elle se vit refuser ce qu'elle considérait comme une conséquence naturelle et légitime de son accession au diplôme : les légistes du Palais, effarouchés par la nouveauté du cas, se retranchèrent derrière une interprétation judaïque de la loi. Bref, comme on dit vulgairement, la poire n'était pas encore mûre. La postulante subit galamment son échec, résignée à patienter jusqu'au moment psychologique, et occupa utilement cette période d'expectative en donnant des consultations et en professant un cours de droit élémentaire dans les lycées de jeune fille.
Pendant ce temps-là, la poire mûrissait : le féminisme progressait dans l'opinion publique, s'insinuait chez nos législateurs, et, au mois de novembre 1900, trois ans presque jour pour jour après le rejet de la requête de palais1Mlle Chauvin, le Parlement votait la fameuse loi d'émancipation. L'exemple et la persévérance de la femme la plus diplômée de France n'ont pas peu contribué à la victoire décisive : Mlle Chauvin aura gagné sa première cause, même avant d'avoir été autorisée à plaider à la barre.
Mercredi dernier, enfin, elle a pu revêtir la robe professionnelle pour la formalité préliminaire de la prestation du serment. Cette robe, elle l'a voulue sérieuse, "à l'ordonnance", nepalais concédant à la coquetterie féminine qu'un léger soupçon de manchettes en dentelle blanche. La galerie n'en a pas moins goûté sa bonne grâce, sa gravité aimable, en attendant l'occasion - que nous souhaitons sincèrement très prochaine - d'apprécier la science juridique et le talent de parole de Mme la doctoresse.

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samedi 04 avril

De la cour des Miracles aux Gangsters

La cour des Miracles : C'est le nom donné jadis dans Paries à une place entourée de logis obscurs,Num_riser0002 croulants et infects aux environs de l'actuelle rue Réaumur. C'était un repaire de voleurs et d'assassins ; de mendiants aussi  qui contrefaisaient les borgnes, les boiteux, se couvraient d'ulcères factices pour apitoyer les passants, etc., infirmités dont ils se débarrassaient "comme par miracle" en rentrant dans leurs taudis.
Vivant au nombre de cinq cents grosses familles entassées les unes sur les autres, en dehors de toute loi morale ou civile, cette association de malfaiteurs avait cependant ses règlements et obéissait à un chef ; elle avait aussi un argot, qui s'est conservé longtemps dans un monde spécial.
On a dit que la cour était un lieu d'asile ; ce privilège existait par la force des choses : si un voleur ou un assassin se réfugiant dans un de ces bouges, la police aimait mieux l'y laisser en paix que de s'exposer à la mort en voulant l'appréhender. De fait, les "argotiers" étaient maîtres chez eux. Leur belle époque date de François Ier ; c'est le lieutenant de police La Reynie, sous Louis XIV, qui mit fin à leurs désordres.

Num_riser0003Les gangsters : Le mot gang signifie bande ; les gangsters sont des bandits qui ont mis en coupe réglée la société américaine.
Leurs crimes y sont devenus une branche d'activité normale, un business dont les dividendes se comptent par millions de dollars. Il y a là un joli progrès sur le "travail" des "argotiers" d'autrefois.
Leurs moyens d'action ont également changé et leur existence aussi ; ils ont à leur service le dernier perfectionnement des armes et des transports et vivent dans l'opulence. Mais leurs buts restent les mêmes : assassinats, cambriolages et enlèvements contre rançons sont continuellement à l'ordre du jour. Bien qu'ils soient tous capables de tous les forfaits, il y a cependant des spécialistes dans la corporation.
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Les bootleggers sont particulièrement affectés à la contrebande de l'alcool ; les racketeers lèvent des tributs sur les commerçants et les industriels ; les grosses entreprises comme les modestes métiers sont victimes de leur chantage ; celui qui ne paie pas est assuré de représailles. Enfin le soin de massacrer les gêneurs est attribué à des Killers (les tueurs), nom qui s'applique dans les Indes aux tigres mangeurs d'hommes.

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mercredi 28 novembre

Budget de l'Elysée : 1 493 000 F en 1884

Les députés ont voté le budget ; parmi ces articles figurent ceux qui concernent l'Elysée et le président de la République.
Pour ces deux chapitres, on relève :
- Traitement de M. Grévy : 600 000 F
- Frais de maison : 300 000 F
- Frais de voyages : 300 000 F
- Frais d'entretien du jardin : 119 000 F
- Frais de nettoyage du palais : 120 000 F (dont 6 000 pour le cirage de souliers)
- Frais d'entretien des chasses : 54 000 F

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vendredi 16 novembre

Une loi sociale de 1906

Les fêtes de la Grande Semaine sont ont empêché d'exprimer aux membres du Parlement, nos félicitations bien sincères pour le vote définitif de la loi sur le repos hebdomadaire. C'est une omission que je tiens d'autant à réparer que nous n'avons hélas, que bien rarement l'occasion de féliciter nos représentants. Il était à craindre qu'à cinq ou six jours des vacances parlementaires, la Chambre ne fût tentée d'apporter aux texte revenu du Sénat des modifications qui auraient eu pour résultat d'ajourner à la session d'hiver cette réforme si impatiemment attendue par toute la démocratie. Nos députés ont été bien inspirés en renonçant à donner, immédiatement, à la loi le tour de peigne, comme eût dit Montaigne, dont elle a, certainement, besoin. Si le ministre fait diligence, le règlement d'administration publique pourra être mis rapidement au point et nous jouirons, enfin, des bienfaits d'une loi éminemment sociale.
Le ministre aura aussi à en préciser certaines définitions un peu vagues, certaines expressions ambiguës, comme il devra munir d'instructions nettes et détaillées les préfets et les inspecteurs du travail chargés d'en assurer l'application.
Faire de bonnes lois ne suffit pas  ; il faut encore tenir la main à ce qu'elles soient obéies et respectées.
Nous ne doutons pas que cette satisfaction ne nous soit promptement accordée par le gouvernement : les employés de commerce sauraient, d'ailleurs, s'il les oubliait, se rappeler à son souvenir.
C'est à eux, en effet, il convient de leur rendre cet hommage mérité, c'est à l'activité infatigable de leurs associations et syndicats, que nous sommes, en partie, redevables du résultat consolant que nous venons d'enregistrer.
Si la chose avait dépendu de la conviction, de la générosité, du talent et du zèle d'un ou de plusieurs parlementaires, le repos du dimanche serait conquis depuis pas mal d'années. Car l'idée n'a jamais manqué à la Chambre, de champions au coeur chaud, au verbe entraînant comme elle ne manquait pas, dans nos grandes et petites villes, d'apôtres jamais las et jamais rebutés.
Mais il faut dire, parce que c'est vrai, ces bonnes volontés même localisées par le lien de la vaillante Ligue pour le repos du dimanche, toutes seules, n'auraient pas abouti.
Je complimente les syndicats de la façon énergique et calme à la fois, dont ils ont soutenu leurs justes revendications. La loi sur le repos hebdomadaire restera une des plus belles, des plus pacifiques victoires à l'honneur de l'organisation syndicale.
C'est aussi, dans une certaine mesure, une victoire du libéralisme sur l'esprit de secte. Combien de parlementaires, j'en ai pour garant M. Arthur Rozier lui-même, député socialiste de la Seine, "auraient volontiers sacrifié le repos hebdomadaire lui-même à la crainte de donner une satisfaction au parti clérical ?"
Ces anticléricaux farouches ont fini, sous la poussée des syndicats acquis, eux, au repos dominical, par se rendre à l'avis de la raison.
Est-ce à dire que la loi soit suffisante ? Non, l'opposition des derniers partisans du "laissez faire et laissez passer" a eu pour résultat d'en éliminer certaines dispositions qui finiront par s'imposer. Nous aurions souhaité voir aboutir le projet bien plus libéral de M. de Las Cases : mais étant donné l'esprit des radicaux du Luxembourg, nous devons nous estimer bien heureux, pour le moment, de ce que nous avons.
Il est bien entendu que la durée de vingt-quatre heures prescrite par l'article premier ne suffit pas. Qu'est-ce qu'un repos qui partirait du samedi minuit au dimanche minuit ? Et cette insuffisance s'aggrave du fait que les heures de départ et d'expiration de la période de 24 heures ne sont point indiquées dans le texte.
De même est abusive, la faculté laissée aux patrons de petits établissements de remplacer la journée de repos par deux demi-journées prise en roulement.
Mais si les syndicats d'employés savent vouloir, s'ils continuent leur admirable campagne ils obtiendront les trente-six heures de repos qu'ils réclament.
Ils nous trouveront toujours avec eux, nous et nos amis, pour les appuyer et pour aider, dans la mesure de nos moyens, à leur affranchissement de plus en plus complet de tout travail dominical.
Nous n'avions peut-être, pas besoin de le leur dire : ils le savent.

Urbain FALAIZE - Article paru dans le Havre-Eclair du Samedi 14 juillet 1906

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lundi 19 mars

Ca ne vous rappelle rien ?

Num_riser0017

Article paru dans le journal "Gringoire" Le grand hebdomadaire parisien, politique, littéraire ; du vendredi 15 septembre 1933.
Dans le coin à droite de l'image il y a d'écrit : "M. Lamoureux, ministre du budget, annonce que le déficit du prochain budget sera, au minimum, de six milliards et qu'il demande un nouvel au pays."

Posté par choupanenette à 17:01 - Politique, Justice - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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