mardi 06 octobre
Pourquoi l'Amérique s'appelle-t-elle l'Amérique, alors que c'est Christophe Colomb qui l'a découverte ?
Vous le savez : c'est Christophe Colomb qui a découvert le Nouveau Monde. Et pourtant on l'appelle l'Amérique. Alors question : pourquoi l'Amérique ne s'appelle-t-elle pas la Colombie, justement ?
Réponse évidente : parce que Colomb s'était trompé. Il n'a pas donné son nom à la nouvelle terre, puisqu'il pensait avoir seulement découvert une autre route pour l'Asie.
Mais alors pourquoi "l'Amérique" ? A cause d'une seconde erreur, celle du cartographe Waldseemüller. En 1507 (soit quinze ans après la découverte de Colomb), Waldseemuller publie à Strasbourg une carte du monde qui comporte quatre continents. Ils les a baptisés -en latin- "Europa", "Asia", "Africa" et "America".
Pourquoi Ameriac ? Parce qu'il pensait à tore, que ce continent avait été découvert par le navigateur d'origine florentine Amerigo Vespucci. En effet, ce diable d'Amerigo s'était attribué la paternité de la découverte en antidatant des lettres et des comptes rendus de voyages. Tricheur !
Waldseemüller réalise son erreur en 1513. Aussitôt, il publie une carte où le Nouveau Monde s'appelle cette fois "Terra Incognita". Mais il est trop tard. Le mot America a presque fait le tour de la planète.
Car les mots voyagent plus vite que les bateaux.
Jusqu'à preuve du contraire...
Philippe VANDEL
mercredi 30 septembre
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mercredi 03 juin
Pierre Bozec, les enfants héroïques
Pierre Bozec, mousse à bord d'un navire faisant le cabotage sur les côtes de l'océan, était orphelin. Au mois de mars 1882, un matelot l'avait rencontré à la porte d'un cabaret. Il était assis sur une pierre et, avec un mauvais couteau, il creusait un morceau de bois en forme de bateau.
La marin s'arrêta et lui donna des conseils sur la façon de sculpter la coque de son navire en miniature. Mais en s'approchant, il s'aperçut que le petiot avait de grosses larmes qui débordaient sur ses paupières.
Qu'est-ce que cela voulait dire ?
L'enfant raconta ses misères et le matelot se chargea de le "débrouiller". Il le mena au capitaine du bateau qui prenait la mer le soir même. On avait besoin d'un mousse. Pierre, depuis son enfance, courait dans le sable et dans les flaques d'eau, quand il ne s'essayait pas à la navigation dans des barques vermoulues, échouées sur la grève, et que lui et ses camarades remettaient à flot.
Ces états de service suffisaient.
Il partit joyeux, l'enfant...
Pendant des mois il navigua ; mais, au bout du peu de jours, il avait déjà appris qu'il faut quelquefois plus que la bonne volonté et le désir de travailler pour qu'on nous rende justice.
Le lieutenant du bord, non consulté lors de l'admission du mousse, l'avait pris en grippe.
Alors ce fut pour l'infortuné une existence infernale : coups, rebuffade, corvées incessantes, manque de nourriture et de sommeil.
Et, par-dessus cela, personne à qui raconter ses tortures !
Le capitaine était un ivrogne et ronflait dans sa cabine presque jour et nuit. Les matelots, maltraités par le lieutenant, faisaient tomber lâchement leurs colères et leurs rancunes sur l'enfant qui leur était offert comme souffre-douleur.
Pierre, le dos meurtri par les coups de garcette, pleurait des larmes plus amères que celles qu'il versait autrefois sur le seuil du cabaret.
Des pensées de haine et de vengeance devaient, dira-t-on, agiter ce coeur de martyr. Vous allez voir comment il se vengea.
Au mois de février 1884, le bateau sur lequel il était embarqué arrivait à la hauteur de la pointe de Corsen. (Finistère)
La côte est, à cet endroit, très dangereuse à cause des courants et des récifs innombrables. Chassé par un vent furieux, le navire était en péril.
Tous ces hommes, habitués au danger, pressentaient la mort, et le capitaine, dégrisé par l'imminence de la catastrophe, était sur le pont, aidant à la manoeuvre.
A chaque moment, le navire frôlait des rochers aigus dont les arêtes devaient infailliblement déchirer ses flancs.
Enfin, il s'échoua brusquement entre deux pointes de roc et demeura, offrant ses cloisons fragiles aux colossales poussées de la mer en furie.
C'était la fin.
Sur la côte, distante à peine de cent mètres, on voyait des hommes s'agiter, de braves pêcheurs qui essayaient de mettre à flot une barque pour établir un va-et-vient, un cordage entre le navire échoué et la côte, afin de sauver l'équipage.
Mais c'était en vain qu'ils s'épuisaient dans leurs généreux efforts. Le capitaine du navire prit alors un cordage, y fit un large noeud et dit :
- Qui veut porter cela à terre ?
Le mousse, l'oeil étincelant et regardant fièrement tous ces hommes qui, depuis tant de jours, l'avaient accablé de coups et d'humiliations, s'écria :
- Moi ! c'est à moi que cela revient ! Je n'ai personne qui me regrettera !
Et, sans qu'on eût le temps de l'arrêter, il passa son corps frêle dans le noeud de l'amarre et se lança à la mer. Un murmure d'admiration, sans doute impuissant à étouffer un cri de remords, parcourut le groupe de ces hommes, n'attendant plus leur salut que du pauvre enfant qu'ils avaient martyrisé.
Il nageait vigoureusement, le mousse frêle, il était soulevé sur les hautes lames comme une feuille qui passe en tourbillonnant au-dessus des toits de maisons.
L'obstacle était peut-être trop faible pour être brisé. Comme le vent soufflait du large, chaque fois que l'enfant surgissait de la profondeur pour planer sur le tranchant d'une crête écumante, il approchait du but.
Enfin un hourrah enthousiaste perça le vent et le mugissement de la mer. Le mousse était à terre !
Oui, il était parvenu au but. Seulement, dans la dernière secousse, le flot déchaîné l'avait lancé avec rage contre les rochers aigus.
Le cordage sauveur fut saisi par les pêcheurs de la côte, mais il n'entourait plus qu'un cadavre. Le pauvre et courageux enfant avait le crâne ouvert ; il venait de donner sa vie pour celle de ses bourreaux !
Dans le cimetière de son village, il y a une tombe sur laquelle on a placé l'inscription suivante :
Pierre Bozec
Mousse de la marine marchande.
Mort en opérant le sauvetage
Des huit hommes de l'équipage
Du chasse-marée Santa-Maria.
Quel monument funèbre vaut celui-là ?
Désiré LACROIX
jeudi 07 mai
Le Vorticelle Rotifère
Le vorticelle rotifère n'est qu'un atome vivant qu'on trouve dans la terre que le vent emporte sur le toit. Aussitôt qu'on humecte d'une goutte d'eau cet atome inanimé, sa vie se réveille, son organisation se développe, et l'on voit paraître, comme par enchantement, un animal dont la tête est ornée de deux panaches que leur perpétuel mouvement giratoire fait ressembler aux ailes d'un moulin à vent, et qui lui servent à saisir au passage les insectes dont il se nourrit.
Dès que la goutte d'eau est réduite en vapeur, l'être merveilleux disparaît pour faire place à l'atome de poussière informe, lequel, au bout de dix et de vingt ans, peut de nouveau recouvrer le mouvement et la vie pour les reperdre et les reprendre encore à la volonté de l'observateur.
Le rotifère a le corps formé d'une multitude d'anneaux rayés longitudinalement. Il devient, à son gré, gros et court, mince et long ; il a même le pouvoir de faire disparaître ses deux petits panaches, ainsi que sa queue qui est armée d'un trident épineux. Ces deux panaches ne sont point un simple ornement, ils servent à former dans l'eau un courant qui entraîne vers la bouche du rotifère les corpuscules dont il fait sa nourriture. Il les met en jeu aussitôt qu'il veut attirer sa proie, et c'est par une illusion d'optique que cette machine ressemble à une roue qui tourne sur son essieu. La queue du rotifère lui est encore très utile : lorsqu'il veut marcher, il accroche le trident qui la termine au plan sur lequel il se trouve, et, allongeant l'autre extrémité de son corps comme un ver qui rampe, il décroche sa queue et la retire ; puis il recommence le même manège avec une agilité surprenant jusqu'à ce qu'il soit parvenu à son but.
L'on a vu des rotifères revenir à la vie jusqu'à quinze fois, en laissant de grandes distances entre l'époque de leur mort et celle de leur résurrection. Ce qu'il y a de singulier, c'est que, si ce petit animal est entièrement nu au moment où il se dessèche, il ne ressuscite plus ; mais il renaît constamment lorsqu'on a soin de le couvrir de poussière. Dans l'état de dessèchement, quelques naturalistes assurent qu'il supporte le feu le plus ardent sans périr.
L. Aimé MARTIN
mardi 05 mai
Good-bye, Dolly
Dorothy Arnold, jolie fille de vingt cinq ans - nièce d'un juge de la Cour suprême américaine et fille d'un
homme d'affaires prospère - a renoncé à son indépendance et vit chez ses parents à New York. Le 12 décembre 1910, elle sort faire des courses et, en début d'après-midi, rencontre un ami avec qui elle bavarde quelques instants sur le trottoir. Puis, selon les termes d'un journaliste, Dorothy Arnold "se volatilise, disparaissant dans l'une des rues les plus fréquentées de la planète, en plein milieu d'après-midi et dans un quartier où des centaines de personnes la connaissent et où on croise un policier à chaque carrefour."
Ne la voyant pas rentrer, ses parents se sont mis à interroger tous ses amis, puis ils font appel à une équipe de détectives. Six semaines plus tard, ils s'adressent à la police, qui conseille au père de la jeune fille, Francis Arnold, respectable citoyen de 73 ans, de signaler à la presse la disparition de Dorothy. Francis Arnold déclare aux journalistes que sa fille a peut-être été assassinée à Central Park et son corps jeté dans le lac ou le réservoir. Sceptiques, les journalistes tentent d'orienter la conversation sur la vie sentimentale de Dororthy, mais le vieil homme se met en colère, maugréant contre "ces gens qui n'ont rien à faire."
On découvre très vite le prétendant que soupçonne Francis Arnold : un gros garçon de 42 ans, George Griscom fils, qui vit chez ses parents et se fait appeler Junior. Prétextant une visite à une ancienne compagne de classe, Dorothy a passé une semaine seule avec Junior, à Boston.
Mais cette escapade n'est pas le seul grief que les parents de Dorothy nourrissent contre leur fille. Ils lui reprochent également de s'être mise à écrire et vouloir s'installer à GreenwichGreenwich Village (le St-Germain des Prés américain) pour échapper à toute contrainte. Francis Arnold n'a rien voulu savoir. "Les bons romanciers sont capables d'écrire n'importe où", a-t-il déclaré. Lorsque le magazine auquel la jeune romancière s'est adressée a rejeté sa première nouvelle, sa famille s'est cruellement moquée de ses prétentions littéraires. Puis Dorothy essuie un second échec et le découragement la gagne. C'est alors qu'elle écrit à Junior, qui séjourne en Italie en compagnie de ses parents : "Le magazine a refusé mon manuscrit. Je ne réussirai donc jamais. Je n'ai pas le moindre avenir et ne vois aucune chance de m'en sortir". Un peu plus loin, elle ajoute : "Mère croira à un accident." Quelques semaines plus tard, Dorothy a disparu.
Au télégramme qu'on lui a envoyé à Florence, Griscom a répondu : "Je ne sais absolument rien". Et au frère et à la mère de la jeune fille arrivés à l'improviste, Junior n'a apparemment rien d'autre à offrir qu'un paquet de lettres de la main de Dorothy.
En 1921, le chef du Bureau des disparitions de New York déclara que la famille de Dorothy Arnold et la police savaient depuis le début ce qu'il était advenu de la jeune fille. Mais il prétendit par la suite que ses propos avaient été mal interprétés. En 1935, vingt-cinq ans après la police recevait encore des appels de personnes affirmant l'avoir vue.
On n'a jamais su ce qu'elle était devenue. D'aucuns ont pensé qu'elle s'était suicidée ; d'autres qu'elle avait été victime de la traite des blanches et envoyée au Mexique. On a pensé par ailleurs qu'elle était morte des suites d'un avortement pratiqué à la sauvette, ou qu'elle coulait des jours heureux à HonoluluHonolulu. Ayant remarqué le lendemain de sa disparition un splendide cygne blanc soudainement apparu à Central Park, un spirite new-yorkaisnew-yorkais a prétendu que l'insatiable jeune fille s'était transformée en oiseau.
mercredi 21 janvier
Une capitulation honorable
Les Autrichiens, les Polonais et les Vénitiens ayant, en 1687, formé contre les Turcs une ligne redoutable, le général des polonais entre dans la Moldavie. Il se poste devant la forteresse de Nemez, qui a été abandonnée de tous ses habitants, et où il ne se trouve que dix-neuf chasseurs moldaves, que le hasard y a amenés.
Ces braves gens lèvent les ponts, ferment les portes et refusent de se rendre. Les Polonais, qui ignoraient l'état de la garnison, canonnent la place pendant quatre jours. Les chasseurs se défendent avec vigueur, tuent un grand nombre d'assiégeants, et en particulier le maître de l'artillerie. Le cinquième jour, ayant perdu dix de leurs camarades, ils demandent à capituler. On leur accord une capitulation honorable, et la permission de se retirer où ils voudront. Aussitôt que la capitulation est signée, on voit sortir six hommes, qui emportent sur leurs épaules trois autres qui sont blessés.
Dans ce moment, tous les sentiments, d'admiration, de honte et de rage se succèdent dans le coeur du général polonais. Il demeure un moment interdit ; mais l'honneur le rappelle bientôt à ses engagements, et il renvoie ces braves gens avec éloge.
jeudi 13 novembre
Fanchon et se Grand'mère
Fanchon s'en est allée de bon matin, comme le Petit Chaperon rouge, chez sa mère-grand qui demeure tout au bout du village. Mais Fanchon n'a pas, comme le Petit Chaperon rouge, cueilli des noisettes dans les bois. Elle est allée tout droit son chemin et elle n'a pas rencontré le loup.
Elle a vu de loin, sur le seuil de pierre, sa mère-grand qui souriait de sa bouche édentée, et qui ouvrait, pour recevoir sa petite-fille, ses bras sec et noueux, comme des sarments. Fanchon se réjouit dans son coeur de passer une journée entière chez sa grand'maman. Et la grand'maman, qui, n'ayant plus ni soucis ni soins, vit comme un grillon à la chaleur de son foyer, se réjouit aussi dans son coeur de voir la fille de son fils, image de sa jeunesse. Elles ont beaucoup de choses à se dire, car l'une revient de ce voyage de la vie que l'autre va faire.
Anatole FRANCE
dimanche 02 novembre
Le coup de l'étiquette
Jamais les voleurs ne seront à court de procédés pour escroquer le bien d'autrui. Le coup de l'étiquette est une de leurs dernières et géniales inventions.
Il est très difficile à pratiquer mais lorsqu'on réussit "ça rapporte". Jugez-en.
Une jeune femme se présentait dernièrement dans un magasin de bijouterie. Elle substitua à une étiquette portant le prix d'une parure de 1.500 franc, une autre portant 200 francs, puis elle se retira sans rien acheter.
A l'heure où le magasin n'était gardé que par un jeune homme de seize ans, un monsieur entrait à son tour et achetait la parure étiquetée 200 francs.
Malheureusement pour lui et sa complice, le bijoutier rentra au même moment et s'aperçut tout de suite de la fraude.
Il fit conduire l'individu au poste. Le voleur était un américain habitant dans un hôtel, rue de Provence. Une perquisition dans sa chambre fit découvrir un grand nombre de bijoux volés.
La jeune personne qui avait "amorcé" le coup fut arrêtée dans ce même hôtel.
Les deux filous, une fois relâchés, ne s'arrêteront pas en si beau chemin et feront certainement encore des dupes un jour ou l'autre.
Article de 1901
mercredi 29 octobre
La Crainte de la Mort
C'est une histoire chinoise qui ne manque pas de saveur. On peut l'apparenter à la fable "La Mort et le
Bûcheron" de notre bonhomme La Fontaine.
Or donc, il y a plusieurs siècles, vivait en Chine, un puissant empereur. Comme tous ses désirs avaient toujours été comblés, rien ne l'intéressait plus ici-bas. Son ennui était tel qu'il décidé d'en finir avec la vie.
Dans ce but, il fit appeler son barbier et lui expliqua ce qu'il attendait de lui :
- Je désire que tu me coupes la gorge lorsque tu me raseras et je te donne quinze jours pour exécuter mon ordre."
"Condition absolue : tu ne devras jamais me faire savoir à l'avance quel jour tu me feras passer de vie à trépas.
"Je laisserai un écrit attestant que tu as agi suivant ma volonté formelle et pour qu'on te donne une magnifique récompense."
Le lendemain, malgré son dégoût avoué pour la mort, l'empereur sentit un frisson glacé lui courir dans le dos lorsque le rasoir du barbier entra en contact avec son épiderme facial.
Mais ce jour-là il ne se passa rien d'anormal à part que le monarque se sentit plus joyeux et qu'il trouva le ciel beaucoup plus bleu.
Trois jours encore il connut les mêmes affres, plus accentuées peut-être. Après quoi il mangea avec un appétit qu'il ne se connaissait plus depuis longtemps et se surprit à fredonner une vieille complainte de son enfance.
Lorsqu'il se réveilla le quatrième jour, alors que l'aube commençait à peine à blanchir les vitraux du palais, ses dents se mirent à claquer à la perspective de la nouvelle visite du barbier.
Il tira le cordon de la sonnette et le majordome parut :
- Appelez-moi immédiatement le chef de ma garde, ordonna l'empereur.
Lorsque le chef de la garde se présenta, il entendit cet ordre tomber de la bouche de son souverain :
- Je veux qu'avant une heure on tranche la tête de mon barbier !
F. ESTEBE - 1959
samedi 11 octobre
MYSTIFICATION
Le docteur Hill, piqué de ce que la Société royale de Médecine de Londres avait refusé de l'admettre au nombre de ses membres, imagina pour s'en venger, de la mystifier ; dans ce but il adressa, sous un nom supposé de médecin, le récit d'une cure merveilleuse opérée au moyen de l'eau de goudron, remède autrefois en vogue.
"Un matelot, disait-il, venait de se casser la jambe. Me trouvant heureusement sur les lieux, j'ai rapproché et mis en rapport les deux parties de la jambe cassée et, après les avoir fortement ajustées au moyen d'une ficelle et de deux éclisses, j'ai arrosé le tout d'eau de goudron. En très peu de temps le matelot a senti l'efficacité de mon remède et n'a point tardé à se servir de sa jambe comme auparavant."
Comme cette observation arriva justement dans le moment ou le célèbre métaphysicien Bertceley venait de faire paraître ses réflexions sur l'eau de goudron, lesquelles avaient donné lieu à une polémique ardente entre les médecins, la relation du docteur fut lue et discutée très sérieusement dans l'assemblée anglaise.
On fit des mémoires pour ou contre et la Société royale allait se donner le ridicule de les faire imprimer, lorsque arriva une seconde lettre du médecin de province, ainsi conçue :
"Dans ma dernière communication j'ai omis de vous dire que la jambe cassée était une jambe de bois."
Cette plaisanterie, qui ne tarda pas à se répandre dans Londres, fit rire beaucoup aux dépens de la Société royale qui, par la suite, se montra beaucoup plus circonspecte.
J. C. DAMIENS























