Le blog du passé

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mardi 27 janvier

Une réponse du poète Lemercier

- Le poète Népomucène Lemercier, qui vivait au commencement de notre siècle, était célèbre par ses vives réparties.
Un jour qu'il assistait à une représentation au Théâtre-Français, où jouait Talma, et était assez mal installé prés d'une porte, sur un tabouret, (les strapontins de l'époque) arrive un grand jeune homme en uniforme,  fortes moustaches, la tête haute, et qui se pose carrément devant notre poète.
" Pardon, Monsieur, lui dit Lemercier de sa voix douce, vous m'empêchez de voir."
Pas de réponse.
"Monsieur, reprend bientôt Lemercier avec plus d'animation, j'ai eu l'honneur de vous dire que vous m'empêchiez de voir."
L'officier se retourne, voit ce petit homme sur ce petit tabouret, sourit et ne répond pas.
"Ôtez-vous de devant moi, lui dit alors brusquement Lemercier, en lui prenant le bras ; vous m'empêchez de voir !"
L'officier le regarde avec dédain, puis l'apostrophe en ces termes :ane
"Savez-vous, Monsieur, à qui vous avez l'honneur de parler ? A l'homme qui vient de rapporter les drapeaux de l'armée d'Italie !
- Eh ! Monsieur ! un âne a bien porté Jésus-Christ ! réplique Lemercier.

Article de Juillet 1895

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mercredi 08 octobre

Anecdotes sur les boeufs et les vaches

Il y a pas en apparence d'animal plus sacrifié que le boeuf. La charrue et l'abattoir, telles sont les douloureuse étapes de la carrière de la pauvre bête de somme. Aucun travail n'est trop dur pour le boeuf ; attelé à son frère de labour - car les boeufs sont toujours deux par deux, - il traîne sur les routes des arbres énormes que le cheval le plus robuste ne pourrait mettre en mouvement. Et Nivernais ou Normand, eût-il été primé au concours régional, fût-il revêtu de cette belle robe blanche marquée de roux que le chansonnier Pierre Dupont aimait tant, il est condamné à être mangé par l'homme. bovin05
La vie du boeuf n'est pourtant pas sans gloire.
Il a traîné les rois de France, les derniers Mérovingiens, les rois fainéants dont vous connaissez l'histoire.
Sous le nom de boeuf Apis, il fut même adoré par les Égyptiens. Le boeuf Apis, nous apprend la légende, devait être d'un noir d'ébène, avoir sur le front un carré d'une blancheur éclatante, sur le côté droit, une marque blanche de la forme d'un croissant, sur le dos l'empreinte d'un aigle. Il est permis de supposer que la peinture venait discrètement en aide à la nature.
Quand l'idole arrivait à l'expiration des vingt-cinq années que les Égyptiens lui avaient assignées comme terme de son règne, elle était conduite, attachée avec des fleures, jusqu'au bord d'une fontaine sacrée, et précipitée dans les eaux. On lui faisait des funérailles magnifiques, et on la déposait dans un sarcophage en albâtre, où elle restait exposée aux pieux regards des fidèles, jusqu'à ce qu'on lui eût découvert un successeur.
Cette recherche était parfois difficile. Cyrus, roi des Perses, avait un jour promis cent talents - monnaie d'alors - à qui lui amènerait un de ces précieux animaux. Mais son successeur Cambyse, prince fameux par ses accès de colère, ayant conquis l'Egypte, entra l'épée à la main dans le temple de Menphis et immola au milieu des prêtres le boeuf sacré ! Le peuple, qui souffrait alors de famine, ne s'émut pas outre mesure du sacrilège, et, depuis, la personne du boeuf Apis ne fut plus inviolable.
Voilà de l'histoire très ancienne. Mais si d'Egypte  nous passons dans l'Inde, nous verrons que boeuf y était, au commencement du XIXe siècle, et y est sans doute encore l'objet d'un culte véritable. Pendant une horrible disette qui désola le pays vers 1812, onze Hindous payèrent de leur vie le crime d'avoir dévoré une vache. Les taureaux, désignés au respect sous le nom de taureaux brahmines (les brahmines sont des prêtres hindous) et portant comme les bisons une bosse entre les deux épaules, passent leur vie dans les dépendances des temples, à moins qu'ils ne préfèrent élire domicile dans les maisons, dont la porte est toujours ouverte.
Ils se promènent dans les bazars, goûtent aux grains, aux fruits, aux légumes que les marchands leur offrent avec empressement ; le peuple crédule vénère ces idoles parce qu'elles sont consacrées au dieu Siva. Mourir dans les eaux du Gange, en tenant un boeuf ou une vache par la queue, est pour l'Hindou le plus sûr moyen yherbi14d'être heureux après la mort.
Tout cela nous entraîne loin de nos vaches laitières.
Rappelons pourtant l'anecdote touchante qui montre Fénelon, l'auteur de Télémaque, ramenant par la bride, en pleine nuit, à des villageois des environs de Cambrai, une vache que tout le monde croyait perdue. On porta le bon évêque en triomphe : il l'avait bien mérité.

Article de 1902/1903

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mardi 05 août

Fâcheuse coïncidence

Au temps où lord BeaconsfieldBeaconsfield était premier ministre en Angleterre, il demanda un jour au prince de BismarckBismarck, chez qui il se trouvait en visite :
"Comment faites-vous, mon cher collègue, pour vous débarrasser des importuns de toute sorte qui nous assiègent, nous autres, hommes d'Etat ? Comment leur donnez-vous à entendre que le moment est venu de se retirer ?
- Rien n'est plus simple, répondit le prince de BismarckBismarck. Ma femme connaît les fâcheux auxquels je suis en proie, et lorsque, à son avis, ils sont restés assez longtemps chez moi, un valet de chambre vient, sur son ordre, me dire que l'Empereur m'appelle au palais."
Le prince de BismarckBismarck achevait à peine de parler que la porte de son cabinet s'ouvrit et qu'un valet de chambre prononça la formule fatidique : "Sa Majesté désire parler à Son Altesse."
On ne dit pas ce que lord Beaconsfield pensa de cette fâcheuse coïncidence.

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mercredi 18 juin

Dépositaire infidèle

Vers le milieu du XVIIIe siècle, certain clerc ou basochien originaire de Lyon, étant venu à Paris pour y acheter une charge, déposa cinquante mille livres entre les mains d'un ami. Son affaire terminée, au moment d'effectuer le payement de la charge, il alla redemander le dépôt qu'il avait confié ; mais l'indigne ami fit l'étonné, déclara et soutint qu'il n'avait rien reçu.
On juge du désespoir du pauvre provincial. Que faire ? A qui recourir ?
Il demanda une audience au lieutenant-générallieutenant-général de police, qui était alors M. de Sartine, et lui exposa sa fâcheuse mésaventure.
"Et vous ne vous êtes fait délivrer aucun reçu d'une somme aussi importante ?
- Hélas ! non. J'avais confiance... Pouvais-je me méfier d'un intime ami, d'un vieux camarade de collège !...
- En sorte que la chose s'est passée entre vous deux, sans témoins ? reprit M. de Sartine.
- Pardon : la femme de mon ami... de mon faux ami, veux-je dire... était présente.
- Ah ! bien ! vous n'étiez pas tous les deux seuls ; il y avait un tiers."
Et M. de Sartine, après un instant de réflexion, invita le clerc à passer dans une pièce voisine et à l'y attendre. Puis aussitôt il envoya chercher l'infidèle dépositaire.
Dès que celui-ci fut arrivé, le magistrat lui dit :
"Un rapport de police vient de m'informer que vous aviez reçu un dépôt de cinquante mille livres...
- Erreur, monsieur le lieutenant-générallieutenant-général ! Je n'ai rien reçu, interrompit soudain et avec une extrême animation le nouveau venu.
- Rien ? Un de vos amis d'enfance ne vous a pas confié il y a quelques jours, dès son arrivée à Paris, une somme de cinquante mille livres ?
- C'est une abominable mystification ! Je suis victime d'un halluciné, d'un fou...
- Soit ! concéda M. de Sartine. Il ne vous sera pas difficile, d'ailleurs, de vous disculper pleinement... Vous n'avez qu'à écrire à votre femme, qui, paraît-il, a été témoin du dépôt, la lettre que je vais vous dicter... Allons, asseyez-vous là, et écrivez."
Il fallut obéir.
"Ma chère ami, - dicta M. de Sartine, - je te prie de remettre au porteur de cette lettre la somme de cinquante mille livres, que j'ai reçue, l'autre jour, devant toi, de mon ami X..."
Le billet écrit, M. de Sartine l'envoya porter à destination par un de ses secrétaires, qui ne tarda pas à revenir avec la susdite somme.
Convaincu de sa fourberie, le traître se jeta aux genoux du magistrat, qui lui adressa une sévère réprimande. Pour achever de le couvrir de confusion, M. de Sartine fit apparaître son ami X..., le trop confiant basochien, à qui il remit ses cinquante mille livres et adressa cette double recommandation :
"A l'avenir, jeune homme, faites-vous toujours délivrer des reçus des sommes que vous versez en dépôt, et choisissez mieux vos amis !"

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dimanche 18 novembre

Un peu d'indulgence !

357px_Doyen_001Le grand peintre Doyen, qui mourut à Saint-Pétersbourg en 1806, et fut, comme on l'a très justement qualifié, "un des plus vigoureux talents de l'école française," était lié avec le comte de Lauraguais, un fervent amateur des beaux-arts, et allait fréquemment le voir.
Le comte de Lauraguais ne se contentait pas d'aimer la peinture ; il s'y adonnait, s'y appliquait avec autant d'ardeur et d'acharnement que d'insuccès. Doyen avait beau lui donner les conseil les plus judicieux, les leçons les plus dévouées et les plus expertes, rien n'y faisait : les tableaux brossés par le comte n'étaient jamais que des "croûtes".
"Cependant, ce n'est pas la bonne volonté qui me manque ! soupirait-il.
- Non, sans doute !" répondit le peintre, qui se disait en lui-même que la bonne volonté ne suffit pas à tout qu'il faut encore la vocation, les aptitudes spéciales.
En revanche le comte de Lauraguais était très fort en escrime, et d'une remarquable habileté dans les exercices équestres.
Un jour que Doyen était venu rendre visite au comte dans sa maison de campagne, et s'apprêtait à monter à cheval pour regagner Paris. M. de Lauraguais, qui était accoudé à sa fenêtre et le regardait manoeuvrer sa bête, essayer de s'y hisser et de l'enfourcher, ne put s'empêcher de rire aux éclats en voyant la gaucherie et la maladresse de l'artiste.
Froissé de ces rires, piqué dans son amour-propre, Doyen relève brusquement la tête, et fixant son regard sur le moqueur :
"Un peu d'indulgence. Monsieur le comte ! lui crie-t-il. Chacun son métier ! Je vous ai vu peindre ! Et je ne riais pas, moi !"

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samedi 22 septembre

Un nom interminable

Certaines localités du Pays de Galles portent des noms que les indigènes eux-mêmes ne peuvent prononcer.
Récemment, s'est plaidé devant un tribunal de Londres un procès dans lequel était engagée la municipalité de "Llanfairpwllyngyllgogerychwryndrobwlltysiliogogogoch".
Ni les avocats, ni les juges ne sont parvenus à prononcer convenablement ce nom interminable ; le public s'est fort diverti, à voir les grimaces que faisaient, sans succès, les pauvres magistrats.
Finalement, le président, compatissant, a autorisé qu'on abrégeât le nom du village, que l'on a appelé "Llanfair" tout court.

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dimanche 29 juillet

A la recherche d'un insurgé

Durant une des révolutions qui ensanglantèrent l'Espagne au milieu du siècle dernier, un prêtre carliste fut contraint de se réfugier, et de se cacher chez un fermier de la Catalogne. Les gendarmes, qui étaient sur sa piste, arrivèrent un soir à la ferme et pénétrèrent dans la grande salle où le fermier et sa famille étaient réunis autour du foyer. Le prêtre s'y trouvait aussi, déguisé en domestique.
Les gendarmes interrogèrent le fermier, le pressèrent de questions :
"Messieurs, leur répondit-il, vous voyez bien qu'il  n'y a pas de prêtre ici ; mais il pourrait se faire qu'il y en eût un caché chez moi à mon insu ; je n'en réponds pas. Faites donc votre devoir : visitez la maison depuis la cave jusqu'au grenier ; fouillez les écuries et la grange.
Puis s'adressant au prêtre :
"Jacques, lui dit-il, prends la lanterne et conduis ces messieurs partout ; fais-leur voir le moindre réduit... tout ce qu'ils voudront."
Les gendarmes parcoururent toute la maison ainsi que ses dépendances, la visitèrent minutieusement dans tous ses coins et recoins, en maudissant le carliste qui leur donnait tant de mal et en se promettant bien de lui faire payer cher cette peine, s'ils parvenaient à le découvrir.
Enfin, voyant que leurs recherches étaient vaines, ils se décidèrent à se retirer, et vinrent prendre congé du fermier.
"Messieurs, leur dit celui-ci, n'oubliez pas le garçon, mon fidèle serviteur...
- Qui s'est montré, en effet, bien obligeant !" acheva le brigadier en glissant la pièce dans la main du faux Jacques et en le remerciant chaleureusement de ses bons offices.

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jeudi 12 juillet

Une amusante histoire de succession

Un vieil original anglais avait la haine du chapeau haut de forme, à tel point que, après avoir combattu cette coiffure durant toute sa vie, il laissa à son neveu une rente viagère de cinquante mille francs, à la charge pour celui-ci de publier un journal pour combattre sans trêve ni merci le tube de soie, son cauchemar.
Naturellement, le neveu accepta avec empressement la rente et l'obligation, et, toutes les semaines, il publie à Londres le journal qui s'appelle
l'Anti-top-hat.
Seulement, pour limiter les frais qu'il juge inutiles, et ne se faisant pas d'illusion sur le résultat de sa croisade, l'héritier ne fait tirer que trois exemplaires de son journal : un pour lui et un pour chacune des deux personnes chargées de veiller à l'exécution du testament.
Mais que peut bien trouver chaque semaine, pour le remplir, le rédacteur de ce singulier journal ?

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jeudi 19 avril

Une héroïne de treize ans

Des fillettes sortant de l'école primaire traversaient, hier, la rue Vieille-du-Temple. Tout à coup, de la rue des Quatre-Fils, déboucha un cheval emballé.
Tous les assistants jetèrent des cris d'épouvante. Un affreux malheur semblait inévitable. Alors on vit un acte de sang-froid et de courage vraiment héroïque : une fillette de treize ans, Blanche Chevallier, se cramponna aux naseaux et parvint à arrêter la bête.
Témoin du dévouement de la jeune héroïne, un riche passant l'obligea à monter dans sa voiture et voulut lui-même la conduire à ses parents, crémiers, rue Grenier-Saint-Lazare, pour les féliciter sur le courage de leur enfant.

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mardi 10 avril

Les originalités d'un Millionnaire

Les milliardaires américains sont célèbres par leurs excentricités, et il n'est pas de semaine où les journaux des Etats-Unis ne nous apportent le récit de nouvelles extravagances commises par eux.
John Stell gaspilla, en sept mois, une fortune de quinze millions. Il se promenait dans les rues avec des habits ornés de billets de banque ; sa jaquette, son pantalon, son chapeau étaient doublés de ces billets ; on en voyait même qui sortaient de ses chaussures.
Il donnait 25 francs pour faire cirer ses souliers, 50 francs pour se faire raser ; il était aussi très généreux avec les serviteurs. Ses pourboires variaient entre 25 et 50 francs.
Ses amis eurent leur part de ses libéralités. Il leur donnait de l'argent pour jouer et, un jour il acheta un hôtel et le rendit gratuitement à la personne à qui il l'avait acheté.
Une fois à New-York, pour faire une course, il acheta la voiture et le cheval et les donna au cocher.
Une autre fois, il acheta tout le champagne qui se trouvait à l'hôtel, puis il demanda au garçon de le monter et fit vider le contenu des bouteilles dans une baignoire ; puis il prit un bain dans ce liquide.
Un matin, il se trouva sans un sou ; il vendit ses immenses propriétés pétrolifères pour une chanson.
A partir de ce jour il travailla pour gagner sa vie.

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