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mercredi 14 octobre

Faire la bête à deux dos

Plaisir_champetreParmi toutes les façons anciennes de désigner plus ou moins gaillardement l'acte sexuel, la bête à deux dos est certainement une des plus constantes. A peine un euphémisme, qui évoque à mon avis, non pas tant la bestialité de la chose qu'une idée d'"union" très intime, et de bonne santé, et surtout la surprise de celui qui par inadvertance découvre la scène, au coin d'un bois ou au détour d'une haie vive !
Le Varlet à louer à tout fiare du XVe siècle s'annonce ainsi :
       Je fais bien la bête à deux dos
       Quand je trouve compagne à point.
Au XVIe siècle, Rabelais qui aime aussi l'idée de "frotter son lard", présente ainsi la lune de miel de Grantgouzier, père de Gargantua : "En son eage virile, espousa Gargamelle, fille du roy des Parpaillos, belle gouge et bonne troigne ; et faisoient eulx deux souvent ensemble la beste à deux douz, joieussement se frotans leur lard, tant qu'elle engroissa d'un beau filz et le porta jusques à l'unziesme moi". (Gargantua, chap. 3)
Au début du XVIIe siècle l'expression s'écrivait encore couramment. Dans Les Caquets de l'accouchée deux maris trompés "entrèrent à l'hostellerie où se passaient les affaires, et d'une chambre proche, qu'une simple cloison séparoit de la leur, ils entendirent faire la feste à la façon de la bête à deux dos".
Puis le siècle entra dans des voluptés plus chafouines : ce furent les feux, les flammes, les ardeurs, les coeurs saignants, la boucherie... On joua officiellement la passion sainte nitouche. La bête à deux dos n'entra plus dans les salons, elle voyagea désormais dans les chemins creux. Plus tard Littré ne l'indique ni à bête ni à dos. Il cite cependant coquillart : "Jehanne fait la bête à deux dos", sans aucun commentaire.
Il est intéressant de noter à cet égard que l'adjectif "gaulois" commença à s'employer au XVIIe siècle pour qualifier, non les ancêtres moustachus, mais les moeurs jugées brutales et sans raffinement des générations qui précédaient. Louis XIV parlant de la langue de M. Régnier, mort en 1613, disait : "C'est du gaulois !" - l'adjectif en vint à désigner de façon méprisante tout ce qui paraissait un peu leste et rappelait fâcheusement la franchise des anciens temps, et du XVIe siècle en particulier... Cependant les "gauloiseries" proprement dites ne datent que du XIXe siècle !
Dans la même série à tendance champêtre, on peut citer aussi voir la feuille à l'envers, appliquée surtout à une fille, sans doute à cause de la position de base :
       Sitôt dans un doux badinage
       Il la jeta sue le gazon.
       Ne fais pas, dit il, la sauvage,
       Jouis de la belle saison...
       Ne faut-il pas dans le bel âge
       Voir un peu la feuille à l'envers ?
conte Rétif de La Bretonne.
Le Roman de Renart employait plus agressivement fouler la vendange :
       Dame Hersant, comment qu'il proigne,
       je vos oi folé la vendange :
       Ainsi qu'isisiez de ma prison (avant que vous sortiez)
       eüstes vos tel livraison.
Et aussi battre le velours :
       Hersant, dont vos vint cist coraiges ?* (idée, envie)
       Certes, ce fu mout grant damaiges* (dommage)
       C'onques Renart, cil fel*, cil rous (traître)
       vos bati onques le velous.
Je citerai pour finir jouer de l'épée à deux jambes qui a réussi à induire Littré en erreur ; cette épée-là est ostensiblement le pénis. Dans les Caquets une dame fait allusion à un pesonnage, assez mauvais soldat, qui "scait mieux escrimer de l'espée à deux jambes que d'une picque".

Anthologie des expressions populaires avec leur origine - Claude Duneton

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mardi 30 juin

Monter sur ses grands chevaux

Il en était des chevaux du temps jadis un peu comme des automobiles du nôtre : tous n'avaient pas la même taille et la même fonction. En gros il en existait de trois sortes : les chevaux de parade, ou de voyage, les palefrois "por chevauchier à l'aise du cors", qui étaient aussi les montures des dames ; les roncins, bêtes porteuses d'armes et bagages, aussi appelés somiers (de somme), qui servaient également aux écuyers et gens de moindre importance ; enfin les destriers, étaient ainsi nommés parce que l'écuyer les conduisait de la main droite (la dextre) quand il allaient "à vide".syubz5fg
     Mes sires Gauvains fu armez,
     Et si fist a deus escuiers
     Mener an destre deus destriers.
               (Le Chevalier de la charrette, XIIe)
C'étaient les chevaux de combat, de belle race et de haute taille - plus le cheval est grand, mieux on domine son adversaire - les grands chevaux.
     Or sachiez que, quant ils monterent,
     Il i ot ploré maintes lermes.
     Trois somiers a robes et armes
     Orent, et granz chevax de pris.
               (Guillaume de Dole, XIIIe)
Monter sur ses grands chevaux c'est donc le signe de la bataille : "Atant guerpissent (abandonnent) les palefrois, si sont es destriers montés" (XIIIe). Naturellement ce n'est pas une action que l'on entreprend l'esprit calme et serein, il y faut de la fougue et de l'arrogance. "On dit aussi - dit Furetière - qu'un homme monte sur ses grands chevaux ; pour dire qu'il parle en colère & d'un ton hautain."

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mercredi 17 juin

Les dictons de Juin

* Prépare autant de tonneaux qu'en juin tu compteras de jours beaux.

* Soleil de juin luit de grand matin.

* Mars pour les poules, avril pour les moutons, mais pour les boeufs, juin pour tous.

* C'est le moi de juin qui fait le pain.

* En juin, pluie au soleil unie font prévoir récolte bénie.

* Mai orgueilleux, juin poussiéreux, la récolte luxuriante.

* Si en juin il vient grand chaud, tous les blés seront creux et hauts.

* Le temps en juin, le trois, sera le temps du mois.

* Un pré est bien vaurien quand en juin il ne donne rien.

* Homme de juin homme de vin, femme de juin genre coquin.

juin

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vendredi 09 janvier

Le Chien de Jean de Nivelle

Proverbe du Moyen Âge

La question de savoir à quelle race appartenait le chien de Jean de Nivelle n'a jamais passionné personne, et cependant tout le monde parle de ce célèbre animal comme d'une vieille connaissance.
Tout le monde sait quelle fâcheuse habitude ce chien avait contractée, et beaucoup de chasseurs de nos jours n'auraient pas besoin d'entendre raconter cette anecdote pour affirmer qu'il importe peu que le chien de Jean de Nivelle ait été un griffon, un lévrier ou un chien courant, puisque cela ne l'a pas empêché d'avoir des descendants dans toutes les races.
Il serait d'ailleurs aussi chimérique de rechercher l'identité du chien de Jean de Nivelle que de découvrir les escaliers de l'Obélisque ou de visiter les dortoirs du Collège de France, pour l'excellente raison que ce chien fabuleux n'a jamais existé.
Son histoire est fort ancienne pourtant, et, bien qu'elle repose tout entière sur une méprise, dès le XVII° siècle, on en avait perdu l'origine véritable, on croyait à l'existence du chien, et ce qui le prouve, ce sont ces vers de La Fontaine :

Ce n'était pas un soit, non, non, et croyez-m'en,
Que le chien de Jean de Nivelle.

Jean de Nivelle était le fils d'un des seigneurs les plus nobles et les plus puissants de l'Ile-de-France ; il s'appelait aussi Jean de Montmorency.
Dès son jeune âge, il avait montré un naturel turbulent et un caractère d'une violence particulière. On avait tout employé pour adoucir ses moeurs indomptables, mais sans résultat ; Jean de Nivelle avait grandi avec ses emportements.
Un jour que le colère l'avait égaré plus encore que de coutume, il se laissa aller jusqu'à insulter son père dans une querelle domestique.
Cité pour ce fait devant la cour du Parlement, il n'eut garde de comparaître ; en vain fut-il sommé, selon l'usage, à son de trompe d'avoir à se rendre au tribunal pour y recevoir le châtiment de sa mauvaise action. Jean de Nivelle fut introuvable.
Tous les carrefours de Paris et tous les environs de son manoir furent fouillés, mais inutilement : "Tant plus on l'appelait, dit un auteur, tant plus il se hastoit de courir et de fuir du costé de la Flandre."
Le peuple, qui, d'ordinaire, ne manque pas d'expressions énergiques à appliquer aux objets de son amour ou de son mépris, traduisit son indignation contre le jeune seigneur en l'appelant "ce Chien", comme on aurait dit ce "misérable", ce "scélérat", et il n'était bruit partout que de ce chien de Jean de Nivelle qui s'enfuit quand on l'appelle !"
L'expression s'est perpétuée ; elle a été acceptée sans contrôle, et d'âge en âge on a parlé du "Chien de Jean de Nivelle", sans se douter que ce chien-là avait pour niche un château, et pour collier une armure.

Georges d'ATTIEMONT
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dimanche 18 mai

Conter fleurette

Conter fleurette c'est nager dans le désuet ! Dans nos cités sans herbes folles les champs sont loin, les parcs gardés ; pour la qualité de la vie amoureuse chacun voit fleur à son balcon. Et puis, comme le chantait Boris Vian :
Autrefois pour faire leur cour
Ils parlaient d'amour
Pour mieux prouver leur ardeur
Ils offraient leur coeur.
Maintenant c'est plus pareil
Ça change, ça change...
Fleurette, ou florette, c'est l'expression d'une société agreste, d'une civilisation de bosquets et de jardinets. Pendant des siècles les roucoulements des amoureux ont été associés aux fleurs, au printemps, au joli mois de mai. C'est le vrai réveil de tout :
Quand pointe la pâquerette
Quand fleurit la primevère
C'est l'heure à conter fleurette
         A sa bergère.

Au Moyen-Âge filles et garçons jouaient beaucoup avec les fleurs. Ils folâtraient par bandes dans leurs tenues unisexe aux bois, aux près, cueillant les roses, le muguet, la violette. Ils se couvraient de fleurs. Le Roman de la Rose, celui de Jean de Meung, vers 1280, parle de ces joyeuses virées horticoles :
toutes herbes, toutes floretes

que valletons et pucelettes
vont au printans es gauz cueillir
que florir voient et feuillir.

Le grand jeu d'ailleurs consistait à se tresser mutuellement des couronnes autour de la tête, des diadèmes de roses que l'on appelait "chapeaux", ou en diminutif "chapelets". (C'est l'habitude d'orner aussi les statues de la Vierge de ces "rosaires" qui a fini par transformer le "chapelet" en outil à prières !)
Je veuil cueillir la rose en may

Et porter chappeaux de florettes
De fleurs d'amours et violettes

dit un autre auteur du XIVe Jean Renart, en 1228, vantait le charme de :
... ces pucelles en cendez*, (étoffe de soie légère)

a chapelez entrelardez
de biaux oisiaux et de floretes
lor genz cors* et lor mameletes (leurs beaux corps)
les font proisier* de ne sai quanz. (priser)

C'était mignon comme tout ! Il n'est resté de ces temps héroïques que la banale "fleur au chapeau", et aussi pendant longtemps "la plus belle rose de son chapeau", laquelle se réfère à ces joyeux diadèmes et non au feutre ou au canotier. "On dit [qu'une personne] a perdu la plus belle rose de son chapeau ; pour dire qu'elle a fait quelque perte considérable, sur tout en ce qui regarde l'appui, la protection", dit Furetière.
Il en est aussi demeuré un mot : fleurette. "Se dit au figuré de certains petits ornements du langage, ou des galanteries, & des termes doucereux dont on se sert ordinairement pour cajoler les femmes... Il conte fleurettes à cette Dame ; c'est-à-dire il luy fait l'amour" (Furetière).
Cependant l'expression à dû pendant une certaine période au moins se prêter à un jeu de mot facile. Au XVe siècle "florette" était aussi une "pièce de monnaie frappée sous le règne de Charles VI, pesant vingt deniers tournois ou seize deniers parisis, et sur laquelle des fleurs de lys étaient empreintes" (Godefroy). On a donc pu "conter" et "compter". C'est peut-être par une allusion encore sensible au XVIIe siècle que la Fontaine dit avec sa franchise habituelle :

Gratis est mort, plus d'amour sans payer ;
En beaux louïs se content les fleurettes.

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jeudi 18 octobre

Les baromètres de la nature 1893

De très nombreuses expériences ont permis de constater qu'il doit pleuvoir :cordes
Quand le souci d'Afrique tient sa fleur fermée
Quand le laiteron de Sibérie a tenu sa fleur ouverte pendant la nuit
Quand la tête du chardon des foulonniers resserre ses écailles
Quand la tige du trèfle se redresse
Quand les vers de terre sortent en abondance
Quand les volatiles de basse-cour, les perdrix et les moineaux s'ébattent dans la poussière
Quand les canards et les oies volent ça et là pour aller plonger dans l'eau
Quand les moutons et les chèvres sautent et se battent
Quand les abeilles évitent de s'éloigner de leur ruche
Quand les hirondelles volent rapidement en rasant le sol

En revanche, on est à peu près assuré du beau temps :fantasy_1151698035_t
Si la rose Jéricho contracte et pelotonne ses branches
Si la tourterelle roucoule lentement
Si les chauve-souris voltigent en grand nombre
Si les corbeaux errent le matin
Si les moucherons se rassemblent vers le coucher du soleil pour former des colonnes tourbillonnantes
Et quand les fils de la Vierge s'étendent à travers les sillons.

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mardi 12 juin

Le vice

empoisonne le plaisir,
la passion le corrompt,
la tempérance l'aiguise,
l'innocence le purifie,
la tendresse le double.

Proverbe Chinois

Posté par choupanenette à 12:29 - Dictons, expressions, maximes.... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 24 mai

On dit....

"Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger". Cette maxime populaire mise à la mode par Molière grâce à l'Avare, est antérieure à lui. Elle a été émise par Socrate puis traduite en latin Ede ut vivas ne vivas ut edas, avant de nous parvenir grâce à Valère tançant Maître Jacques.

Posté par choupanenette à 08:04 - Dictons, expressions, maximes.... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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