Il n'y en a pas assez ! Si nous n'y prenons garde, l'éléement étranger prendra bientôt le dessus.
Sur les 750 000 Européens que faisait ressortir le recensement de 1911, il y avait à peine 300 000 Français d'origin e ; les 450 000 autres se décomposaient en 200 000 néo Français, Italiens, Espagnols, Siciliens, Maltais, naturalisés par le jeu automatique de la loi de 1889 ; 290 000 étrangers non naturalisés et environ 60 000 Juifs indigènes comptés comme Français depuis le décret du juif franc-maçon Crémieux en 1871.
Or, les pertes de la guerre ont surtout portés sur l'élément français, et si le recensement de 1921 indique 820 000 Européens, il n'y a peut-être plus les 300 000 Français d'origine qui existaient en 1911.
Mais s'il n'y a pas assez de Français en Algérie, c'est qu'il n'y en a plus assez de Français en France. En cinquante-cinq ans, de 1866 à 1921, notre population continentale s'est accrue de 1 3000 000 habitants ; augmentation bien faible, si on la compare à celles des autres nations. En cinquante-cinq ans, vingt départements seulement ont vu croître leur population, les autres sont en voie de dépeuplement ou d'extinction. La désertion des campagnes est pour une bonne part dans cette diminution de la natalité. La terre en souffre, et nous aussi indirectement, par la cherté de la vie.
Ainsi, pour en revenir à l'Algérie, les surfaces cultivées qui, en 1914, dépassaient 3 millions d'hectares, sont tombés à 2 220 000 en 1921.
Le voyage de M. Millerand, avec ses fêtes et ses discours, ne sauraient diminuer la portée de ces constatations.

Article du Pélerin, publié en avril 1922