La sorcellerie consiste en l'association d'un être humain avec le diable. Elle se distingue donc nettement de la magie, qui est l'utilisation, dans un but qui n'est pas forcément criminel, d'énergies occultes.
Ces rapports d'amitié entre Satan et les hommes furent signalés d'abord par les Hébreux ; ils étaient considérés comme réels au début de notre ère, puisque Jésus-Christ donna à ses disciples le pouvoir d'exorciser.
Toutes les traditions populaires françaises s'accordent sur la façon dont le diable est censé entrer en contact avec un homme : chaque fois, il s'agit d'un édifice, très souvent un pont, dont on n'arrive pas à terminer la construction ; c'était lorsque les bâtisseurs étaient découragés que Satan apparaissait et qu'il offrait ses services en échange d'une âme.

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Tant que le diable venait lui-même proposer son aide, ce n'était que de la tentation ; la sorcellerie commença le jour où ce furent les hommes qui appelèrent le diable à leur aide.
A la fin du Moyen Age, on admettait que n'importe qui pouvait devenir l'associé du diable : la seule condition était de ne pas se trouver en état de péché mortel, car Satan n'aurait pas été assez naïf pour acheter une âme qui lui appartenait déjà. 
Les candidats devaient se rendre, à minuit, sous un chêne, et là boire le sang d'une poule noire en évoquant le diable, qui apparaissait aussitôt et faisait signer la convention.
Les jeunes filles, elles, n'avaient même pas besoin de se déranger, on assurait que Satan envoyait un de ses démons à tous les bals, pour se tenir à leur disposition ; il prenait généralement l'aspect d'un jeune homme très séduisant, mais qu'on pouvait reconnaître à ses pieds de cheval. 
L'apport du diable dans l'association consistait en la fourniture d'un animal, généralement un chat noir, qui assurait la prospérité du sorcier, en lui rapportant l'argent que celui-ci désirait et en s'acquittant de toutes les tâches domestiques.
Quant au travail du sorcier, il consistait à trouver des personnes désirant nuire à autrui et à leur permettre de réaliser leurs projets criminels ; ces personnes se mettaient ainsi en état de péché mortel et devenaient les proies du diable.
Les sorciers agissaient surtout au moyen de philtres et par l'envoûtement. Le procédé d'envoûtement le plus pratique consistait à fabriquer une poupée de cire ayant une certaine ressemblances avec la personne à laquelle on voulait nuire ; dès lors, tous les traitements infligés à la poupée étaient ressentis par le sujet, qu'on pouvait faire mourir en perçant avec une aiguille la poitrine de la figurine.
Les philtres avaient pour effet d'annihiler la volonté de la victime et de la faire agir dans le sens désiré ; toutefois leur utilisation était plus difficile, puisque pour les faire absorber à la victime il fallait avoir accès auprès d'elle.
Il est intéressant de remarquer que pour être efficaces les philtres devaient comporter des rognures d'ongles provenant

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de la personne à laquelle on voulait nuire et les poupées devaient être baptisées de tous les noms portés par le futur envoûté ; aussi il est probable que les coutumes encore très courantes consistant à brûler ou à enfouir les rognures d'ongles, et à donner aux enfants plusieurs prénoms dont un seul est généralement connu, étaient à l'origine une protection contre les pratiques de sorcellerie.
Quand une personne avait été envoûtée, elle était en quelque sorte parasitée par un démon qui lui imposait sa volonté. Mais les victimes avaient des moments de lucidité ; alors elles se rebellaient, ce qui donnait lieu aux crises de possession.
Au seizième siècle, trente mille personnes furent convaincues de sorcellerie ; quant aux possédés, ils constituaient, dans certains villages, la moitié de la population. Ainsi, en 1587, tous les habitants d'Amendeuix, en Basse-Navarre, furent victimes de crises de possession se manifestant par des aboiements. Une enquête fut ordonnée par Henri IV, enquête qui aboutit à l'exécution de plus d'un millier de personnes.
Aujourd'hui, la sorcellerie a disparu dans les campagnes : c'est maintenant à Paris et dans les grandes villes que les sorciers exercent leurs fonctions.

Article édité en 1954