C'était, ces jours derniers, grande fête à Plougastel. En ce bourg renommé pour la beauté de son calvaire et la douceur de son climat, on célèbre généralement un certain nombre de mariages en même temps. Et le "jour des mariages" est une des fêtes les plus belles du pays.
Cette fois, il y en eut dix-neuf ; et, pendant trois journées, on s'est diverti et l'on a  mangé, bu et chanté en l'honneur des nouveaux époux.
Les mariés et leurs invités avaient revêtu leurs plus beaux costumes ; les hommes étaient en bragou-braz, en gilet de couleur, en veste courte ; les femmes avaient jupe ample, la coiffe de dentelles et le tablier multicolore.
Après le défilé autour du vieux calvaire si pittoresque, au son du biniou et de la cornemuse, on s'est rendu aux tables des festins, où comme dit le bon poète André Theuriet :

.. sous l'épais abri des vieux chênes rêveurs,
Le cidre et le vin frais attendaient les buveurs.

On sait ce que sont ces dîners de noce en Bretagne. L'an dernier, dans la Cornouaille, trois noces furent célébrées ainsi, en même temps. Les invités s'installèrent en plein champ. Trois mille deux cents personnes firent ripaille pendant trois jours. On but 75 barriques de vin et de cidre ; on mangea 15 boeufs, 10 vaches, 30 veaux, un millier de volailles et de lapins.
Jugez par là de ce que furent ces festins des dix-neuf noces de Plougastel. Chaque table comptait de quatre à six cents convives.
On mangea abondamment, on but ferme et l'on dansa joyeusement.
De telles fêtes sont consolantes en ce temps d'égoïsme où nous vivons. Elles montrent qu'il est encore, de par la France, des régions où survivent les saines traditions de gaîté simple, l'esprit de race et de famille, et les vieilles moeurs conviviales qui faisaient la joie de vivre de nos pères.

Article : Le Petit Journal, dimanche 27 janvier 1907