Sous l'influence du développement de la grande industrie, les classes ouvrières prennent, à partir de la fin de la Restauration, une importance de plus en plus grande. Cette importance est due surtout au fait de la concentration industrielle, qui a pour résultat le groupement de la population ouvrière, jusqu'alors répandue sur tout le territoire. Vers 1830, commence ce mouvement de développement rapide de la population urbaine, qui sera une des caractéristiques du XIXe siècle. En dix ans, de 1836 à 1846, le nombre d'habitants des communes de plus de 3000 âmes augmente de près de 2 millions, et cet accroissement profite presque entièrement aux fabriques. Or, cette augmentation est précisément égale à celle de la population entière entre ces deux dates ; le recensement de 1836 donne un chiffre de 33 millions et demi d'habtitants, celui de 1846 en accuse 35 millions et demi environ.
La transformation qui s'effectue cause un touble profond dans toute la petite population. Le travail à la main doit céder peu à peu devant le travail mécanique ; le petit artisan se voit évincer de son métier traditionnel. Par contre, les manufactures, les usines qui se créent offrent à ceux qu'elles dépouillent de leur gagne-pain des occupations nouvelles. Mais l'apprentissage est rude, et, d'ailleurs, l'industrie encore à ses débuts ignore presque entièrement les conditions mêmes de son existence, l'importance des débouchés qu'elle peut trouver, et il se produit bien des heurts, des à-coups, dont souffrent surtout les ouvriers. Néanmoins, il semble que, sous l'influence du développement industriel, de la demande croissante de bras, de l'augmentationde productivité du travail, grâce au nouvel outillage, les salaires industriels ont été en augmentant, de 1825 ç 1848. D'après les résultats de l'enquête sur l'industrie parisienne, faite en 1847, l'élévation des salaires depuis 1827 aurait été de 10 pour 100 environ ; M. E. Chevallier signale une augmentation un peu plus forte dans les salaires d'une forge, entre 1823 et 1850 ; et on trouve une augmentation à peu près analogue pour les salaires des ouvriers des bâtiments dans les villes chefs-lieux de départements. Ces augmentations paraissent cependant un peu élevées pour être généralisées ; mais ce qui est certain, c'est que les classes ouvrières ont bénéficié de l'abaissement des prix des produits manufacturés.
De 1827 à 1847, les prix ont baissé, dans l'ensemble, de 13 pour 100 environ ; pour quelques articles, la baisse est considérable : elle est de 58 pour 100 pour les fils et tissus de coton, et de 52 pour 100 pour les fils et tissus de laine. Quant aux produits naturels, ils ne paraissent gère avoir varié dans l'ensemble ; il y a cependant une élévation sensible dans le prix de la viande. En outre, les loyers, dans les villes, ont généralement augmenté.
Ce n'est d'ailleurs pas tant l'augmentation des salaires, que la diminutions des heures de travail, que demandent les ouvriers dans les nombreuses grèves qui ont lieu à la fin du gouvernement de Juillet. Désireux d'utiliser leur matériel, d'en tirer le plus fort rendement possible, les industriels exigent des journées de travail extraordinaire. Les journées de quatorze et quinze heures de travail sont fréquentes dans les filatures, dans les mines, on signale des journées de douze à quatorze heures. Pourtant, à partir de 1840, la durée du travail journalier a une tendance à diminuer ; les patrons eux-mêmes commencent à s'apercevoir qu'en ménageant les forces de l'ouvrier on arrive à un résultat meilleur.

Les ouvriers, groupés maintenant, peuvent s'entendre, s'unir plus facilement qu'autrefois, et, en dépit de la loi, les associations ouvrières se développent, les syndicats se substituent peu à peu aux compagnonnages d'autrefois. A la suit de la révolution de Juillet, les classes ouvrières semblent commencer à prendre conscience de la solidarité qui les lie, de la force que l'entente peut leur donner : il naît une presse ouvrière ; quelque associations ouvrières se forment. Mais le défaut de d'instruction les empêche de distinguer nettement le but utile à poursuivre, et de se soumettre à une discipline raisonnée pour l'atteindre.
Ce sont des hommes de science, des industriels même, qui appellent l'attention du gouvernement sur l'abus horrible de l'industrie naissante à l'égard des enfants, auxquels elle demande un travail épuisant, analogue à celui des adultes.
Dès 1827, la société industrielle de Mulhouse réclame la réglementation du travail des enfants. A la suite de nombreuses discussions, cette question est enfin résolue par la loi du 22 mars 1841, loi bien imparfaite encore, et dont le gouvernement commit la faute de ne pas poursuivre rigoureusement l'application.