Karl Junker avait plusieurs cordes à son arc : il savait dessiner des plans, manier la truelle, travailler le bois, guider lenum_risation_mars_002 pinceau... Il mit à profit ses divers talents pour décorer la maison. Fou ou génie solitaire, obsédé par l'espace vide, il couvrit entièrement intérieur et extérieur de stucs, de bois sculptés et de peintures polychromes.
Doué de ses mains
Karl Junker est né en 1850 à Lemgo en Westphalie. Il apprit d'abord le métier d'ébéniste, puis il fit des études d'architecture à l'académie des beaux-arts de Munich. Doué de ses mains, sont talent lui permit d'être lauréat du prix de Rome et, ainsi, de passer quelques années dans la Ville éternelle. Son séjour achevé, il revint à Lemgo et n'en bougea plus, vivant seul sans famille et sans ami.
Certains racontent que sa misanthropie était due à un amour déçu, d'autres évoquent des troubles psychologiques. Toujours est-il qu'il consacra le restant de sa vie, soit une vingtaine d'années, à l'édification et à l'aménagement de sa maison. Ses talents d'artiste et de menuisier lui furent précieux pour réaliser son oeuvre.
Victimes d'obsessions diverses, il représenta sur les murs, les plafonds, les escaliers et les meubles des symboles chrétiens, des formes fantastiques et des figures amoureuses.
Une forêt de bois sculptés
num_risation_mars_001La façade extérieure est d'architecture classique assez typique de la région. Junker s'ingénia à la transformer en un parallélépipède divisé en petits carreaux de brique peinte en bleu, en jaune et en blanc et limités par des colonnettes en bois, lui donnant ainsi un air plus indien que germanique.
Une fois la porte d'entrée franchie, la toile d'araignée du plafond constitué de petites poutres de bois enchevêtrées, met tout de suite dans l'ambiance.
La cuisine est ornée de fresques aux sujets évoquant autant les peintures rupestres que les enluminures moyenâgeuses. La cuisinière, seul élément sobre de la pièce, se niche dans une alcôve peinte et cloisonné.
Le bureau est décoré de bas-reliefs en bois. Outre l'atelier de travail, on y trouve  une grande malle, sur laquelle le corps du Christ repose comme sur un tombeau.
Moulures bosselées et formes allégoriques
Au premier étage, accessible par un escalier lui aussi surchargé, une sorte de totem à tête de Christ accueille le visiteur sur le palier.
Les murs et les meubles du salon sont entièrement recouverts de moulures bosselées et sculptées et de peintures allégoriques. Même le tissu du canapé est peint dans l'esprit des murs. Le plafond est orné de médaillons représentant des scènes d'inspiration religieuse.
La chambre dans laquelle Junker ne dormait jamais - il préférait une petite pièce plus sobre du dernier étage - est presque en totalité occupée par un énorme lit à baldaquin fait d'un entrelacs de bois travaillé à l'excès. Sur les murs, des fresques représentent des couples enlacés.
Le mobilier, lui aussi sculpté à outrance et agrémenté de formes fantastiques, ne servait pas uniquement de décor, mais aussi à la vie quotidienne. Un des objets les plus étonnants est un escabeau qui évoque davantage un retable sans peinture qu'une petite échelle.num_risation_mars_003
La personnalité intrigante et troublante de Karl Junker plane toujours dans ce lieu bizarre. Peintre à ses heures, Junker réalisa plus de neuf cents toiles, esquisses et sculptures qui s'entassent dans les caves de la maisons et ne sont visibles qu'à l'occasion d'expositions temporaires.

Cette maison est située à 100 kms au sud de Hanovre - A voir à proximité : La Rathaus de la vieille ville de Lemgo, les maisons à colombages de Herford ( 20 kms à l'ouest), l'église de Johanniskirche.