Voulez-vous connaître la véritable, la traditionnelle façon de tirer les Rois ?
"Le gâteau coupé en autant de parts qu'il y a de convives, écrit un ancien auteur, on met un petit enfant sous la table, lequel le maître interroge sous le nom de Phébé (Phébé ou Apollon), comme si ce fût un enfant qui, en l'innocence de son âge, représentât l'oracle d'Apollon. A cet interrogatoire l'enfant répond d'un mot latin : "Domine (seigneur, maître)". Sur cela, le maître l'adjure de dire à qui il distribuera la portion du gâteau qu'il tient en la main ; l'enfant le nomme ainsi qu'il lui tombe en pensée, sans acceptation de la dignité des personnes, jusqu'à ce que a part soit donnée où est la fève. Celui qui l'a est réputé roi de la compagnie, encore qu'il soit moindre en autorité. Et, ce fait, chacun se déborde à boire, manger et danser."galette
Une forte ancienne coutume veut que les boulangers offrent généreusement à leur clientèle la galette traditionnelle, le jour des Rois. Une petite statistique, à ce propos s'impose : il y a dans le département de la Seine deux mille cent douze boulangeries. En prenant une moyenne de cinq cents galettes pour chaque boulanger, on arrive au joli total d'un million cinquante six mille galettes des Rois distribuées.
Ainsi, le jour de la fête des Rois, Paris dévorera à lui seul, - en comptant la galette gratuite des boulangers et celle achetée chez les pâtissiers - environ un million de gâteaux à la fève. Et, au dessert, tout en savourant la bonne pâte chaude, les convives pourront chanter ce vieux refrain :

Les Rois ! Les Rois ! Dieu nous conserve
A l'entrée de votre souper.
S'il y a quelques parts de galette
Je vous prie de nous les donner.
Puis nous accorderons nos voix,
Bergers, bergères,
Sur nos hautbois.

A quoi le Roi de la Fève répondra par le cri de "Le Roi boit ! Vive le Roi !"

Article de janvier 1912