Il n'est personne qui ne goûte le charme délicieux de cette fête de Noël, la plus touchante de toutes puisqu'elle s'adresse plus qu'aucune autre à la famille et à l'enfance, aux petits et aux humbles. Mais c'est dans la vie d'autrefois qu'elle a tenu le plus de place.
La "Bûche de Noël", au Moyen Âge, constituait une véritable redevance, un impôt en nature payé au seigneur par le vassal. A la Noël, on apportait du bois comme, à Pâques, on offrait des paniers d'oeufs ou des agneaux, à l'Assomption du blé, à la Toussaint du vin ou de l'huile.
chaumi_re
Ce n'était pas seulement dans les châteaux, mais aussi dans les moindres chaumières qu'on veillait autour des larges foyers où flambait la souche de chêne avec ses lierres et ses mousses. La porte restait grande ouverte aux pauvres gens, aux pèlerins, aux voyageurs qui venaient réclamer l'hospitalité : ils avaient le droit de se réchauffer à la bûche de Noël. On leur versait en abondance le vin, la bière ou le cidre, et le couvert se trouvait mis à la table commune.
On attendait ainsi la messe de minuit. L'aïeul contait des histoires, qu'il interrompait seulement pour frapper la bûche avec sa pelle à feu et en faire jaillir le plus possible d'étincelles, en disant : "Bonne année, bonnes récoltes, autant de gerbes que de gerbillons !" En Auxois, on avait un amusement bizarre : un charbon de la bûche de Noël était suspendu par un fil au plafond de façon qu'il descendît à hauteur de la bouche. En face du charbon bien allumé, se plaçaient, face à face à un mètre de distance, deux gaillards qui, soufflant sur le tison suspendu, provoquaient une pluie d'étincelles et se faisaient brûler la figure, à la grande joie des veilleurs.
Et quel plantureux appétit quand on attaquait le repas préparé pour le réveillon !
Jadis ce repas se composait essentiellement d'une bonne soupe aux choux dont la marmite était enterrées sous les cendres ; puis venait l'oie grasse ou la dinde bourrée d'une face succulente. Dans chaque province, on confectionnait des gâteaux particuliers, les coquilles dans le Nord, les cognés en Lorraine, les bourdes dans les Ardennes, les kénioles en Cambrésis, les naulets dans le centre et les craquelins en Normandie.
feuAprès la nuit agitée du réveillon, on se lève un peu tard ; mais les enfants qui ont assisté à la messe de minuit dans le chapelle blanche, c'est-à-dire qui ont dormi sous leurs blancs rideaux pendant que les autres allaient à l'église et festoyaient, n'ont dormi que d'un oeil et se réveillent avec le chant du coq. C'est que le bonhomme Noël a dû descendre par la cheminée et mettre des joujoux ou des livres dans leurs souliers.
Ces anciennes coutumes disparaissent malheureusement un peu chaque année de nos provinces ; mais ce qui en subsistera toujours, c'est l'émotion qu'on éprouve à évoquer les usages que nos pères ont si longtemps pratiqués, et c'est la poésie des naïves légendes qu'ils aimaient à conter à la veillée, tandis que le vent gémissait dans la cheminée et qu'il faisait si bon se sentir unis autour de l'âtre familial et joyeux.