Num_riser0001Deux mille ans avant Jésus-ChristJésus-ChristJésus-ChristJésus-Christ, des ouvriers égyptiens, du royaume ses Pharaons, fabriquaient déjà des vases, des fioles de verre, tout comme le font nos ouvriers contemporains. Les peintures qui ornent les murs des tombeaux découverts en Égypte, dans ces derniers années, les objets en verre qu'on y a retrouvés, prouvent l'antiquité de cette industrie.
Nous ne savons cependant pas comment se fit la découverte du verre, ni quels furent les premiers hommes qui s'approprièrent le secret de sa fabrication. Cependant il a fallu, pour le découvrir, un état de civilisation avancé et un esprit d'observation déjà développé.
Dans l'histoire de l'humanité, à l'âge de la pierre succédèrent l'âge du bronze et l'âge du fer, parce que les hommes avaient appris à fabriquer ces métaux qui remplacèrent pour eux les silex taillés. Pour obtenir ce métaux il leur avait fallu chauffer à hautes températures, dans des fours, la terre ou le sable qui en renfermaient les éléments. En certains endroits, ces fours durent être construits avec une pierre que vous connaissez bien et qu'on appelle le grès ; c'est avec cette pierre que sont fait les gros pavés de nos rues ; quand on l'écrase, elle se réduit en une poudre blanche, dont on se sert pour récurer les ustensiles de cuisine.
Ils n'en fallait pas davantage pour obtenir du verre, et les premiers hommes qui se servirent de pareils fours, durent s'apercevoir qu'une fois refroidis, ils étaient couverts à l'intérieur d'un enduit vitreux : c'était du verre. De là à reconnaître que, pour le fabriquer, il suffit de chauffer ensemble du sable très pur, de la potasse, dont la cendre de charbon de bois est presque entièrement formée, et un peu de chaux que la pierre de grès renfermait en petite quantité, il n'y avait qu'un pas.
Les Romains rapportèrent d'Egypte le secret de cette merveilleuse invention. Plus tard, à l'époque de la Renaissance, ce furent encore les Italiens, les Vénitiens, qui perfectionnèrent en Europe l'industrie de la verrerie. Enfin, cette industrie fut apportée en France, et, comme on en avait reconnu la grande utilité, on accorda aux maîtres verriers de grands privilèges. L'un des premiers établissements qui furent fondés en France, est la grande fabrique de Saint-GobainSaint-Gobain.
Vous savez tous quelle est l'utilité du verre et quels service nous rendent à chaque instant les objets qu'il sert à fabriquer. Mais ce que vous ne connaissez pas, ce sont les procédés à l'aide desquels on obtient ces divers objets.
Rien n'impressionne comme d'entrer, le soir, dans une verrerie. Dans une grande halle qu'éclairent des lueurs rougeâtres comme de grandes flammes, des hommes se pressent autour de grands fours de briques, ronds. Des ouvertures en forment de lucarne sont pratiquée tout autour de ces fours. Les unes, bouchées, sont obscures. D'autres, ouvertes, découvrent une fournaise éblouissante de lumière ; on est presque aveuglé par cette clarté, presque suffoqué par la chaleur extrême qui l'accompagne. Des hommes introduisent par ces ouvertures de longues tiges de fer, et sans craindre l'ardeur du brasier, ils brassent, ils remuent le verre en fusion que contiennent de grands creusets de terre réfractaire, à l'intérieur du four. C'est dans ces creusets qu'on a introduit tout d'abord le mélange de sable, de potasse et de chaux. Le feu a fait fondre ce mélange, en a formé du verre, et c'est pour le rendre homogène qu'on le remue ainsi avec de longues tiges de fer.Num_riser0007
Lorsque le verre est bien fondu, l'ouvrier prend un long tube de fer creux qu'on appelle canne ; il en plonge l'extrémité dans le verre et il ramène ainsi hors du four une petite boule de verre si chaud qu'il est rouge-blancrouge-blanc. Dans cet état, le verre est presque aussi fluide que de l'eau de savon. L'ouvrier verrier souffle dans son tube de fer et fait une bulle de verre. Mais comme le verre est lourd, la bulle ne reste pas ronde, elle s'allonge ; l'ouvrier facilite cet allongement en balançant de temps à autre sa canne et en soufflant alternativement.
Il arrive ainsi à fabriquer une sorte de manchon de verre ; on coupe alors les deux extrémités arrondies de ce manchon de verre ; on coupe alors les deux extrémités arrondies de ce manchon de verre, on le fend dans le sens de la longeur, on le pose sur une table, et comme le verre est encore chaud, c'est-à-dire mou, il s'étend de lui-mêm sur la table et forme ces plaques de verre dont on fait nos vitres.
Pour la fabrication des bouteilles on fait refondre des bouteilles et des verres cassés, puis on souffle la bulle de verre dans un moule qui lui donne sa forme.
Pour les carafes et les verres, surtout les verres à pied, c'est un peu plus compliqué ; aussi ce travail n'est-il fait que par des ouvriers très adroits. Il faut voir avec quelle habileté, à l'aide de ciseaux, de compas en fer, ils tournent, ils modèlent le verre mou au bout de leur canne.
Tout cela paraît bien simple, mais que d'habileté pour éviter des accidents ! Songez que, tout le temps, les ouvriers verriers jouent avec leur vie ; ils peuvent être brûlés d'une manière cruelle ; constamment exposé à une température torride, ils risquent à chaque instant de prendre des refroidissements mortels. C'est un rude métier que le leur et qui exige autant de courage que de patience, de sang-froid et d'habileté manuelle.

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Georges JULLIEN - 1895