La petit huître est assise avec des milliers de ses compagnes au fond de la mer. Ensemble elles forment un banc. La petite huître est bien maigrette et ses soeurs la regardent avec un air de pitié. Lentement elle ouvre ses deux écailles et happe les reliefs des autres habitants de la mer. Elle se contente de peu, ne mange guère, mais par contre boit beaucoup d'eau avec un peu de chaux dissoute dans l'Océan comme un morceau de sucre dans la tasse de café. De cette chaux, la petite huître forme ses écailles. Extérieurement, celles-ci sont rudes et raboteuses. Elles servent de refuge à un nombre considérable de petits êtres : coraux, éponges, plantes marines. Ils se sont logés sur l'enveloppe de la petite huître et y vivent en bons voisins dans une parfaite entente entre eux. L'intérieur de cette habitation offre un aspect splendide. Il a le poli et le brillant de l'argent et toutes les couleurs de l'arc-en-ciel y marient leurs irisations. C'est ce que nous appelons la nacre ; et nous en faisons des boutons de manchettes, des manches de couteaux et beaucoup d'autres objets de fantaisie.poiss023
Cependant la petite huître a, tout au fond de la mer, ses soucis, comme nous sur la terre. Tandis qu'elle avale à petites gorgées sa ration d'eau salée, il lui arrive parfois un accident. Entre ses écailles se glisse, sans qu'elle le sache tout d'abord, un petit grain de sable, qui s'incruste et cause un grand malaise au petit mollusque. Vous vous rappelez, dans la fable, le cas du loup qui avale un os, au repas que lui donne la cigogne. Malheureusement la petite huître n'a point de mains ni de pattes pour ce délivrer de ce fatal grain de sable. Que faire ? Elle n'est pas aussi maladroite qu'on veut bien le dire. Très habilement elle se sert de son manteau pour enrouler le grain de sable. Elle couvre successivement celui-ci de plusieurs couches de nacre, si bien qu'elle en fait une pelote resplendissante. Le grain de sable ne peut plus causer aucun mal ; il est devenu au dehors aussi poli que l'intérieur de l'écaille où il s'était logé. Un jour, le hardi pêcheur de perles descend au fond de la mer. Il emporte la petit huître, ouvre les écailles et y trouve, à sa grande joie, le merveilleux joyau qu'il vend au bijoutier. Ce dernier l'enchâsse dans l'or, en fait une parure pour la jeune fille ou en orne la couronne d'un roi. Ainsi, comme souvent, à quelque chose malheur est bon.

Un article de 1890