Num_riser0002A ce seul nom, que d'idées, de sensations, de souvenirs s'éveillent en nous ? Nous avons déjà connu des chênes, (oui j'en connaissais un dans la forêt de Chizé que l'on appelait les 7 chênes, car réunis ensemble) et quelques-uns tiennent autant de place dans notre mémoire que leurs frères en occupent en forêt.
Le chêne est un arbre à l'aspect sévère mais non funèbre ; il est précieux par la dureté et la longue conservation de son bois ; son écorce contient en abondance une sève amère d'où on tire le tannin ; ses fruits innombrables, première nourriture des hommes, à ce que prétend la fable, fournissent une abondante pâture à cet animal qu'un plaisant appelait un sanglier domestique. Les feuilles tiennent si bien à la branche qu'elles y meurent en jaunissant, s'y desséchent sans tomber, de sorte qu'à l'automne les bois de chênes ont une parure splendide, où les dernières verdures se marient harmonieusement aux nuances diverses de la feuille morte, depuis le roux et une sorte de pourpre, jusqu'au jaune ocre.
Le chêne est un arbre presque immortel ; il y en aurait d'aussi vieux que notre espèce, si celle-ci, qui n'aime pas qu'on lui rappelle son âge, ne les avait pas détruits. Il prend avec le temps des formes bizarres, toujours artistique, qui charment et désespèrent les paysagistes. Et il garde toujours cet aspect solennel et mystérieux qui avait attiré sur lui non seulement l'attention mais le culte de nos ancêtres, les Gaulois. Pour les anciens, le Gaulois et le chêne
Num_riser0001 étaient inséparables, ils se les représentaient toujours groupés ensemble, l'arbre abritant les huttes coniques de paille tressée, les dolmens, les pierres de sacrifice autour desquelles se pressaient nos blonds et farouches ancêtres. Tacite et Lucain avec une sorte de respect religieux de ces forêts de chênes avec leurs murmures vivants, leur population toujours armée, leurs bêtes fauves aux formes étranges, presque mythologiques.
C'est en Bretagne que nous avons choisi deux nobles représentants de cette belle espèce d'arbre. Le premier, c'est le chêne de Henri IV, situé dans les environs de Rennes ; c'est sous son ombre que le Béarnais vint s'asseoir pour assister à une fête bretonne donnée en son honneur par les gens du pays. Ce vieillard, c'est du chêne que nous parlons, avait déjà un âge respectable au temps où il reçut la visite royale, et il ne lui reste plus guère qu'une branche qui puisse porter feuilles et fruits.
L'autre chêne, celui qui porte le nom de chêne aux Vendeurs, est un vénérable débris de la fameuse forêt de Brocéliande, au sud de Montfort. C'était sous son ombre qu'avaient lieu les adjudications des coupes de bois.

Y. LEHOLLE