Parmi les terres basses de la Frise hollandaise, terres continuellement  assiégées par la marée qui, peu à peu, les dévaste et les submerge, figure la petite île de Hable. En 1802, cette île mesurait 86 hectares. Aujourd'hui , elle est en voie de disparition. (aujourd'hui, c'est en 1951, date de cet article)
La Belgique et la Hollande s'abaissent lentement. En divers endroits, les localités édifiées à proximité des plages ont leur sol au-dessous du niveau maritime. Elles ne sont sauvées que par les digues protectrices.
En 1321, une irruption inopinée et brutale de la mer provoqua la mort de cent mille personnes en Hollande. Et cent ans plus tard, cent quarante villages furent détruits dans la même région.
A Calais, les rues ne sont qu'à un niveau supérieur d'un mètre au-dessus des hautes marées. Et, à Dunkerque, ce niveau est à égalité avec celui de l'élément liquide.
Dans l'estuaire de la Gironde, à la pointe de Grave, l'Océan a avancé de 1 200 mètres en quatre-vingt-dix ans.
En 1600, le rocher de Cordouan sur lequel s'élève un phare célèbre, était relié à la terre ferme. Il en est distant de 7 kilomètres aujourd'hui.Coup_de_vent
A Saint-Jean-de-LuzSaint-Jean-de-Luz émergent du royaume de Neptune les ruines d'un couvent de bénédictins qui était encore habité voici deux cents ans.
Si l'on s'en rapporte aux conclusions des savants qui étudient ces phénomènes, les perspectives concernant nos ports de la Manche et de l'Atlantique sont peu réjouissantes, dans un avenir lointain, il est vrai, ils sont destinés à disparaître.
Certains de ces savants assurent même que dans plusieurs millénaires l'onde salée baignera les portes de Paris.
Mais le travail destructif de la mer ne se borne pas aux incessants coups de bélier des marées. Il est aggravé encore par l'apport des sables.
Cet apport représente un volume considérable, volume dont on se fera une idée à peu près précis lorsque nous aurons dit que l'Atlantique charrie, tous les ans, sept millions de mètres cubes de sable sur le territoire des Landes de la Gascogne.
Les dunes ainsi formées atteignent jusqu'à 200 mètres de hauteur sur certaines côtes africaines baignées par l'Océan.
Comme l'onde amère, les sables ont englouti, eux aussi, de nombreuses localités. On peut citer, notamment celles de Lislan et de Lélos en Gascogne. Et pendant longtemps, leur présence ne fut rappelée que par l'extrémité du clocher, surgissant comme une croix sépulcrale.
Ces dunes avancent à la vitesse moyenne de 20 à 25 mètres tous les douze mois. Mais, en 1666, près du cap Finistère, cette rapidité de l'invasion fut de 537 mètres. Impuissants à s'opposer à cette marche massive et inexorable, les habitants de plusieurs agglomérations durent abandonner leurs foyers.
Ainsi, sans arrêt, la mer et le sable livrent bataille aux continents et effacent impitoyablement les traces des générations humaines.

M. CENDRES